Avis Ciné : Nicky Larson et le Parfum de Cupidon

Arnold et Willy, Bioman, Power Rangers, Astro le petit robot, Capitaine Flam, Les Chevaliers du Zodiaque, Jeanne et Serge, Ken le Survivant, Mask, Dragon Ball, Dragon Ball Z, L’Ecole des Champions, Olive et Tom, Ranma ½, Sailor Moon, Nicky Larson… Si tous ces noms vous parlent, alors vous avez probablement entre la trentaine et la quarantaine et vous avez été biberonnés, comme nous, au Club Dorothée. Pourquoi évoquer ce passé si tendre et si cher ? Parce que la bande à Fifi a tenu à adapter Nicky Larson en long-métrage. Il faut bien l’avouer, beaucoup ont été sceptiques lors de l’annonce, gardant notamment en mémoire l’adaptation de Jing Wong avec Jackie Chan qui, à une scène près, a fait mal à nos cœurs de fans. En attendant l’animé City Hunter Shinjuku Private Eyes, voyons ce que le Nicky Larson et le Parfum de Cupidon de la bande à Fifi a à offrir… 


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Philippe Lacheau est un acteur, scénariste et réalisateur à qui l’on doit entre autres les Babysitting, Alibi.com ou encore Epouse-moi mon pote. Si les comédies paraissent inégales, elles ont le mérite d’apporter un peu de fraîcheur dans le milieu français, grâce à des gags souvent bien trouvés et des moments un peu plus tendres. On aime ou pas mais il faut reconnaître que Philippe Lacheau a un certain capital sympathie. En revanche, ce qui peut vite énerver, et c’est ce qui fait sa marque de fabrique, c’est qu’il a la fâcheuse tendance de faire appel à toute sa bande de copains pour tourner les films, quitte à en caser certains à tout prix. Gardez ce petit topo en mémoire, vous comprendrez son utilité un peu plus tard.


En attendant, il est bon de revenir sur l’œuvre originale. Comme beaucoup d’autres avant lui, City Hunter provient du très célèbre Weekly Shonen Jump. C’est un manga signé Tsukasa Hojo qui met en avant un garde du corps / nettoyeur, Ryô Saeba, obsédé par les femmes qui vit avec son associée, une certaine Kaori Makimura un peu garçon manqué, suite à une promesse faite par le passé. Les mangas ont ensuite été un peu librement adaptés par Kenji Kodama en animés au Japon. Le Club Do’, spécialiste des trouvailles japonaises pour les adapter pour le public français, a ramené dans ses cartons City Hunter et l’a adaptée pour en faire Nicky Larson. Ce point est important puisque Nicky Larson est une œuvre bien plus édulcorée que City Hunter. Entendons-nous bien, City Hunter va plus loin sur l’aspect sexuel, sur le côté obsédé de notre héros et sur l’aspect dramatique, là où Nicky Larson reste sur un côté plus soft, plus censuré, bref plus tourné vers l’humour, voire le burlesque. Autre point marquant, les noms des personnages sont modifiés, Ryô Saeba devenant Nicky Larson et Kaori devenant Laura. Là encore, ce petit topo a son importance puisque Philippe Lacheau, dans la volonté de son adaptation, s’est servi principalement de Nicky Larson et non de City Hunter, même s’il a tenu à apporter quelques petits éléments de l’œuvre japonaise par touches succinctes.


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En somme, ne vous attendez pas à un film policier un peu sombre, nous sommes en présence d’une comédie… Mais une comédie à la française. C’est déjà le premier point qui va faire bondir la plupart des fans même si pour notre part, nous l’avons accepté de base. Point ici d’acteurs asiatiques, point de ville japonaise avec son ambiance si particulière… Non, ici nous avons des acteurs français, voire franchouillards, et nous visitons principalement le sud-est de la France. Du coup, le premier avis démarre mal concernant l’immersion et le respect de l’adaptation. Pire, notre cher Philippe Lacheau, qui a tenu à jouer le rôle titre, fait clairement cosplayeur du dimanche dès sa première apparition, ce qui contraste d’ailleurs avec un Kamel Guenfoud tout à fait crédible en Mammouth. A ce sujet, le casting est assez déséquilibré. Si Elodie Fontan est tout à fait crédible en Laura, interprétant son rôle avec une précision très agréable, on ne peut pas dire que Tarek Boudali en Pancho et Julien Arruti en Skippy soient indispensables. Ressortez donc vos notes et vous comprenez alors le topo sur la bande à Fifi… Une fois encore, Philippe Lacheau a tenu à faire jouer tous ses meilleurs copains quitte à créer deux personnages aussi lourdingues. Si encore Skippy sert l’intrigue, Pancho, quant à lui, est toujours de trop, servant simplement des sketchs lourds. Pour le reste, Didier Bourdon fait du Didier Bourdon dans l’ensemble et on a toujours plaisir à revoir Dorothée en guest star ou encore Pamela Anderson.


Niveau scénario, ça ne vole pas bien haut. Concrètement, un parfum, le parfum de Cupidon, a été créé pour rendre irrésistible celui qui l’utilise. Bien entendu, alors que notre cher Nicky est engagé pour le protéger, les choses ne se passent pas comme prévu et il se retrouve à devoir le récupérer. Clairement, malgré un twist de fin assez téléphoné, le reste n’est que prétexte à l’enchaînement de blagues. L’aspect policier est très léger mais il faut reconnaître que le rythme est bon. On ne voit pas passer les 1H31 du film, les sketchs s’enchaînent à une vitesse folle et on sort souvent des rires francs. Bien entendu, certains passages sont plus burlesques, d’autres absurdes et certains carrément lourds, mais le dosage est finalement bon pour que l’on finisse par se dire « ok, là ils ont abusé » avant de passer sur une scène qui fait sourire. D’ailleurs, les références au Club Do et aux sitcoms d’AB Productions sont nombreuses, certaines sont appuyées (comme le nom d’un immeuble qui renvoie à DBZ ou une affiche qui nous remémore les Chevaliers du Zodiaque) et d’autres sont plus subtiles, placées dans les décors ou dans les dialogues pour les connaisseurs.


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Outre les références à tout cet univers de notre enfance, Philippe Lacheau a vraiment bossé son sujet sur Nicky Larson. On sent qu’il aime le matériau d’origine et qu’il a tout fait pour le respecter au maximum, même si parfois ça peut être maladroit. Le marteau de Laura, le coucou, les scènes en vue à la première personne, les affrontements, la voiture, l’aversion de Nicky pour les hommes (oui, l’homophobie est traitée, oui certains vont crier qu’à notre époque c’est intolérable, oui ils auront entièrement raison mais pour le coup, c’est justifié et ça fait partie du personnage) et son obsession pour les femmes, son côté pervers est bien mis en avant, sa justesse dans les tirs également, sa relation avec Laura est parfaitement dépeinte, même sa promesse par rapport à Laura y est. Il n’y a pas à chier, Lacheau a clairement fait un super boulot pour adapter avec ses moyens l’univers de Nicky Larson, sans tomber dans l’ubuesque (comme le film avec Jackie Chan). Il est vrai que parfois c’est bas du front, comme la première scène qui n’est pas facile à digérer, mais City Hunter, c’était également ça, c’était un univers avec de la nudité, avec des passages pervers, bref, c’était également bas du front. Peut-on alors reprocher au réalisateur d’avoir adapté le matériau d’origine, même si ça a plus de mal à une époque où le moindre mot peut être pris de travers ? Pas vraiment.


D’ailleurs, il est bon de préciser que si Lacheau fait souvent cosplayeur du dimanche, il y a également quelques scènes dans lesquelles il paraît des plus crédibles. Ces moments là nous permettent d’afficher un bon gros sourire. Nous ne rentrerons pas plus dans les détails pour éviter tout spoiler, parce que nous préférons que vous découvriez le film par vous-même et que vous échangiez avec nous par la suite. Pour terminer, nous tenions à évoquer un peu la forme. En effet, cette adaptation se paie quand même le luxe de quelques apparitions de qualité, d’un caméo très appréciable (outre celui de Dorothée) ou encore d’une poignée de musiques venues directement de l’anime. Sur ce point, le fan-service est assuré. Au niveau de la réalisation, c’est relativement bien fait, les scènes d’action sont assez souvent lisibles, à quelques unes près, les situations embarrassantes sont bien filmées, les cadrages permettent d’apprécier les références en arrière-plan et certains plans mettent en avant une colorimétrie finement étudiée par rapport à la situation (nous avons une scène post-bar en tête notamment). Mieux, le montage permet d’apprécier chaque situation, sans pour autant trop traîner. Du coup, comme déjà dit, le rythme est plutôt bon et on ne voit pas passer le temps.



L’avis perso de Vincent / Un bon divertissement malgré les défauts


« J’aime bien les films et l’humour de Philippe Lacheau, c’est mon petit pêché mignon et j’apprécie sa bande qui rempile pour le film Nicky Larson (oui, comprenez bien qu’on se base ici sur la VF de City Hunter et non la V Jap, donc ça sera un peu plus lourd et burlesque). Bref, je suis dubitatif sur ce qu’il pourra proposer pour cette adaptation. Dans un sens, ça semble déjà plus crédible que du DB Evolution (en même temps difficile de faire pire). Après, Lacheau est loin de la carrure de Nicky donc ça fait un peu ridicule, il me manque le petit marteau de Laura mais on retrouve quand même cet esprit 80s et cet humour en dessous-de la ceinture. Je suis curieux d’aller le voir… ». Voilà la citation exacte de mon message laissé en septembre 2018 suite au visionnage de la bande-annonce. Pourquoi je le mets ? Pour montrer mon état d’esprit avant d’aller voir le film, parce que contrairement à beaucoup, je lui laissais déjà une chance. Si tout n’est pas parfait, très, très loin de là même, je dois avouer que j’ai pris du plaisir à le voir. Pire, je le regarderai même avec plaisir plus tard lorsqu’il sortira en Blu-ray (pas au prix fort, je vous rassure quand même).


C’est un film humoristique tout à fait convenable, même s’il est parfois très lourd, et c’est une adaptation qui respecte dans les grandes lignes le matériau d’origine. Fifi n’est pas crédible au début mais il finit par le devenir. Laura et Mammouth ont été extrêmement bien castés. Seuls Skippy et Pancho dénotent vraiment et accentuent l’aspect « ils sont là parce que ce sont des potes et qu’il fallait les caser ». Nicky Larson et le parfum de Cupidon adapte d’une belle manière le Nicky Larson du Club Do, avec même quelques passages qui tirent vers le City Hunter que j’apprécie tant. Certes, ça ne se passe pas au Japon avec des acteurs japonais, certes parfois je me suis dit « putain, les cons, ils ont osé », mais à côté de ça je ne me suis pas ennuyé et, mieux, j’ai même éclaté de rire à plusieurs reprises. En bref, j’ai trouvé que c’était un bon divertissement et, sans être le film de l’année pour tous les défauts déjà évoqués, ça reste une adaptation tout à fait correcte, voire même parfois bonne. Quand on sait que c’est quand même très rare, vue toutes les catastrophes que nous avons dû nous payer par le passé, je me dis que je peux quand même dire « chapeau bas » à Philippe Lacheau. Sans exceller, il a réussi là où beaucoup d’autres ont échoué.


Les +

 Bourré de références au Club Do’
 Un Philippe Lacheau attachant
 Mammouth et Laura, crédibles, bien traités et bien joués
 Le respect du matériau de base
 Un film fait par un fan pour des fans
 On ne voit pas passer le temps
 Ca aurait pu être un épisode de l’animé
 De l’humour à revendre…

Les –

 Parfois trop, et surtout trop lourd
 Un scénario basique
 Les potes, toujours les potes
 Pancho, une horreur
 L’aspect cosplayeur du début
 Les premières minutes
 Un manque de moyens (pour la réalisation)


Critique rédigée par Vincent (lien vers l’article original)

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