Avis & critique BD : Mort Blanche (histoire complète aux éditions Grand Angle)
Avec « Mort Blanche », à venir le 4 mars 2026 chez Grand Angle, on change radicalement d’atmosphère par rapport à notre découverte précédente « Estampillé Japon« . Signé Kid Toussaint au scénario et Holgado au dessin, l’album est présenté par son éditeur comme « une fresque brutale et poignante sur les cicatrices de la vie ». Inspiré de figures historiques sans être une biographie, le récit s’inscrit dans le contexte réel de la guerre d’Hiver opposant l’URSS à la Finlande. L’auteur précise d’emblée qu’il s’agit d’une fiction ancrée dans des faits authentiques, et ce cadre historique donne une épaisseur immédiate à l’ensemble. C’est parti pour notre avis !
Synopsis : Au nord de la Finlande, un fantôme rôde sur les lacs gelés. Riku, surnommé « Mort Blanche », traque en silence, marqué par des années de guerre et par des traits indélébiles sur son visage, vestiges de son enfance brutale. Dressé à ne jamais cligner des yeux, il a grandi entre la violence de son père et la douceur de Lümi, la voisine, qui lui a appris à observer la vie plutôt qu’à tuer. En 1939, l’invasion soviétique le précipite dans une guerre où il devient un tireur invisible, effaçant ses traces et semant la peur dans les forêts enneigées. Des décennies plus tard, alors que la glace se fissure, Riku doit choisir : rester la légende vivante qu’il est devenu… ou revenir au monde des vivants. L’ouvrage est à découvrir sur le site de l’éditeur, à cette adresse.

On suit Riku, surnommé “Mort Blanche”, élevé dans un climat familial difficile par un père violent et alcoolique. Engagé dans l’armée avec ses frères, il traverse les horreurs du conflit et se transforme peu à peu en silhouette fantomatique traquant ses ennemis sur les lacs gelés. Les scènes de guerre sont vraiment intenses : sèches et parfois violentes, elles s’avèrent assez marquantes. Mais au-delà du champ de bataille, l’album explore des thèmes forts comme le deuil, l’absence et le traumatisme, notamment à travers une mère brisée par la perte de ses enfants. Une idée aussi bien narrative que visuelle vient également renforcer la tension : un décompte du nombre de morts s’affiche au fil des pages, augmentant à chaque tir de notre personnage principal. Derrière ce mécanisme intrigant (et absolument pas gratuit) se cache un mystère que l’on ne dévoilera bien évidemment pas ici, mais qui apporte une dimension supplémentaire et surprenante au récit. Et ce ne sera pas la seule révélation…

Visuellement, on est très vite dans le bain. Les couleurs froides dominent dans certaines séquences, on ressentirait presque la neige et la glace, et les paysages hivernaux participent également à l’atmosphère oppressante. Les scènes de combat sont spectaculaires (avec des couleurs plus chaudes et percutantes, sang et flammes oblige) sans jamais tomber dans le sensationnalisme gratuit, et l’ensemble fait écho aux conflits contemporains. Prenant, parfois bouleversant, « Mort Blanche » se lit malheureusement trop vite tant il parvient à nous accrocher. Et pourtant, ce ne sont pas les récits du genre qui manquent. « Mort Blanche » est une bande dessinée historique immersive, qui allie puissance visuelle et thématiques fortes avec une grande efficacité.
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