Avis BD Glénat : Au Sud, l’Agonie (histoire complète)

Disponible le 14 janvier 2026, « Au Sud, l’Agonie » est le second volet de la trilogie « Trois Touches de Noir », le précédent étant l’excellent « Quelque chose de froid », chroniqué sur le blog en mars 2024 (notre avis est disponible juste ici). On retrouve le duo Philippe Pelaez / Hugues Labiano mais on change cette fois-ci totalement d’ambiance, et notre ouvrage du jour est annoncé par son éditeur Glénat comme « un one-shot puissant qui incarne la mémoire vivante d’un Sud meurtri ». C’est parti pour notre avis !


Au-Sud-l-AgonieSynopsis : Géorgie, 1926. Sous le soleil écrasant du Sud, au cœur de la Bible Belt, les États fondamentalistes vivent encore dans l’ombre de la défaite face au Nord et de l’abolition de l’esclavage. Dans cette région où la couleur de peau est une tare, le pasteur Leer dirige la ville de Savannah d’une main de fer. Il baptise ses fidèles dans la rivière tout en prêchant la haine, veillant à ce que les Blancs ne se mélangent jamais aux Noirs. Mais certains refusent de plier, comme Zacharie Daniel, jeune métis fier et frondeur. Quand un lynchage de plus fait couler le sang, Jonathan David, agent du Bureau of Investigation, est dépêché sur place. Peu impressionné par l’aura du pasteur, et avec l’aide de Zacharie, il enquête sur la mort trouble de l’ouvrier Malcolm. L’ouvrage est à découvrir sur le site de l’éditeur, à cette adresse.


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Dès les premières pages de « Au Sud, l’Agonie« , on est pris par l’ambiance : les couleurs flamboyantes (rouges profonds, oranges qui brûleraient presque la rétine) traduisent à la fois la chaleur étouffante des lieux et la tension constante qui règne dans un territoire en proie à ses contradictions. Chaque illustration participe à cette atmosphère, et met en valeur des personnages à la fois humains et complexes. Le récit nous propose plusieurs intrigues, toutes imbriquées. On suit notamment Travis Hart, fugitif en cavale, dont la survie dépend autant de son intelligence que de la chance. Puis il y a le pasteur, personnage central, qui navigue entre ses convictions et la pression sociale. Zacharie Daniel, quant à lui, refuse de plier face aux injustices dont ses semblables sont victimes, mais prend de gros risques pour sa mère et lui. Le lynchage d’un ouvrier noir et l’enquête de l’agent du FBI Jonathan David ajoutent encore davantage de tension et de gravité à un récit déjà bien dense, qui demande une concentration de chaque instant. Philippe Pelaez est une nouvelle fois très fort pour rendre ses personnages intéressants et bien écrits.


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Chaque fil narratif apporte son lot de rebondissements, et l’ensemble se révèle dense, comme dit précédemment, mais globalement maîtrisé. Les thèmes sont puissants : racisme, esclavage, lutte des classes, homosexualité… le tout traité avec un bon équilibre. Les auteurs ne sacrifient jamais la profondeur des personnages à l’intrigue, et chaque événement semble peser sur le destin collectif autant que sur celui de chacun. On sent que chaque décision, chaque choix, peut entraîner des conséquences dramatiques. Visuellement, on se régale et on profite de cadrages soignés et de jeux d’ombre et de lumière qui renforcent l’ambiance oppressante (certains décors sont particulièrement sublimes). C’est très cinématographique et rythmé, mais on aurait toutefois aimé en découvrir davantage sur certains personnages. Malgré ce petit bémol, on se laisse embarquer facilement dans l’histoire, dans l’ambiance, et on termine cette lecture avec un carnet signé Philippe Pelaez, qui revient sur cette période historique, ses dérives et ses enjeux culturels et politiques. C’est clairement passionnant.


Lageekroom

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