Avis BD Glénat : Invisible – Mémoires d’Aymond de Terre-Noire
Après « Tunnels« , de Michaël Sanlaville, on reste chez l’éditeur Glénat mais on change totalement de style et d’ambiance avec « Invisible – Mémoires d’Aymond de Terre-Noire », ouvrage signé Stephen Desberg (au scénario) et Henri Reculé (au dessin). Un thriller historique et d’espionnage, qui fait la part belle aux assassinats et aux trahisons dans une ambiance visuelle de haute volée. C’est parti pour notre avis !
Synopsis : Membre de la petite noblesse française, Aymond de Terre-Noire est marié à l’ambitieuse Blanche d’Audore. Dans l’espoir de faire fortune et de plaire à sa femme, il investit ses dernières économies dans l’achat d’un traité alchimique rare mais incomplet… Alors qu’il tente de compléter la formule, il prend le risque de tester le breuvage sur lui-même : sa tête se met à tourner, sa main commence à disparaître… et il se retrouve invisible ! Désormais rejeté et seul, Aymond devient espion, œuvrant pour l’un des premiers services secrets français, le Secret du Roy. Son invisibilité lui permet de paraître masqué quand il lui faut impressionner, et de disparaître sans trace quand il le veut. L’ouvrage est à découvrir sur le site de l’éditeur, à cette adresse.

Avec sa jaquette sublime, « Invisible » attire l’œil, et le synopsis en remet une couche avec un récit qui mélange les genres : thriller historique, fantastique et espionnage font bon ménage, et même si le rythme est parfois lent, afin de poser les bases et de nous immerger totalement, on ne s’ennuie pas une seconde en découvrant ce premier tome. Clairement, l’ensemble est dense et riche en informations, et il faut être bien concentré pour saisir les premiers enjeux qui se mettent en place. Mais si le contexte historique est accrocheur, l’histoire se focalise sur ses personnages, et notamment Aymond et ses états d’âme. Son invisibilité n’est pas seulement un pouvoir fantastique pratique pour l’espionnage, elle agit aussi comme une métaphore : celle d’un homme qui observe le monde sans réellement y trouver sa place. Plusieurs degrés de lecture se dessinent alors. On peut suivre l’ouvrage comme un simple récit d’aventure historique teinté de fantastique, mais aussi comme une réflexion sur l’identité, la solitude et la façon dont le pouvoir dévore ceux qui cherchent à s’en approcher. Cette double lecture rend l’ensemble particulièrement accrocheur et donne envie de voir jusqu’où les auteurs pousseront cette trajectoire.

Visuellement, « Invisible » est une belle réussite. Le trait d’Henri Reculé est très élégant, ce qui donne à l’ouvrage une atmosphère sobre et légèrement froide, parfaitement en accord avec son propos. Les décors sont riches sans être surchargés, les visages expressifs, et la mise en scène privilégie souvent des illustrations épurées qui laissent respirer les planches, ce qui nous permet de pleinement en profiter. Certaines séquences nocturnes ou en intérieur dégagent une certaine tension, et l’usage des couleurs renforce ce sentiment d’austérité feutrée propre aux récits d’espionnage. En bred, c’est beau et clairement maîtrisé. On sent un vrai travail de documentation, aussi bien dans les décors que dans les usages ou les rapports sociaux. Le Secret du Roy, les intrigues de cour, les manipulations en coulisses : tout se met parfaitement en place et donne envie de découvrir la suite.
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