Avis BD Glénat : Les Griffes du Gévaudan – Tomes 1 et 2
L’histoire de la bête du Gévaudan, popularisée dans « Le Pacte des loups », film de Christophe Gans sorti en 2001 (également réalisateur du premier Silent Hill), laisse encore aujourd’hui planer de nombreux mystères. Ce « loup » de taille imposante a tué plus d’une centaine de personnes (voire bien plus) dans les campagnes françaises entre 1764 et 1767, et son histoire nous est contée dans notre bande-dessinée du jour, tout juste disponible aux éditions Glénat. « Les Griffes du Gévaudan » est en effet entre nos mains, et ce premier tome (le récit en comportera 2) démarre par l’agression de Jeanne Boulet, bergère âgée de quatorze ans, retrouvée morte par sa famille suite à l’attaque de la bête. Morts, jalousie, traque de l’animal et enjeux politiques vont se succéder dans ce premier tome, et il est temps de vous donner notre avis.
– Mise à jour avec notre avis sur le tome 2, disponible le 25 mars 2026 –
Synopsis : Été 1765. Quand François Antoine arrive dans le Gévaudan avec son fils pour enquêter sur une série d’exactions, la population est traumatisée. Depuis un an, on décompte dans cette région des dizaines de victimes, avant tout des femmes et des enfants, tuées dans des conditions atroces au bord des chemins. Les survivants décrivent tous une créature terrifiante, un animal inconnu, un fauve à moins que ce ne soit un loup-garou ? Pour l’Eglise, nul doute, c’est un fléau envoyé par Dieu ! Missionné par le roi pour mettre fin à ce carnage, François Antoine préfère écarter ces élucubrations… Selon le porte-arquebuse du roi, il est simplement question d’un loup. Mais pour son fils, plusieurs indices troublants laissent à penser qu’il s’agit d’autre chose, de bien plus terrible… Quelle sorte d’animal décapite, démembre et parfois déshabille ses proies ?
Sylvain Runberg (au scénario) et Jean-Charles Poupard (au dessin) nous parlent donc de ce mythe qu’est la bête du Gévaudan, dans un récit basé sur des faits réels (un dossier historique intitulé « ce n’est pas une légende » est d’ailleurs disponible à la fin de l’ouvrage). Bien entendu, et pour brouiller les pistes et apporter de la densité à une histoire qui n’a jamais trouvé de conclusion, les auteurs « adaptent » les faits et ajoutent différents enjeux, parfaitement bien intégrés. Car au delà d’une simple traque, « Les Griffes du Gévaudan » aborde des sujets liés à la politique ou à la religion, et développe de nombreux éléments en lien avec le contexte historique. C’est vraiment intéressant (même si très bavard, avec des textes parfois un peu petits), et les personnages sont nombreux et parfaitement bien développés. Les protagonistes principaux restent néanmoins François Antoine et son fils, envoyés par le Roi, et qui arrivent dans un climat de tension, entre une population terrorisée et l’église qui affirme que la bête est un fléau envoyé par Dieu. Rapidement, François Antoine et son fils comprennent qu’un loup ne peut pas être à l’origine de tout ça : certaines victimes sont décapitées et leurs vêtements ont été enlevés… Le père est néanmoins davantage sur la réserve, et sait qu’il va devoir trouver une solution à tout ça, quitte à mentir et à faire croire que la bête a été tuée.
Le récit ne nous était pas inconnu, mais le découvrir à nouveau a été un vrai plaisir, d’autant que l’ouvrage est documenté et riche en informations. La tension est au rendez-vous, que ce soit lors des différentes battues ou pendant les altercations entre certains personnages, dont ceux ayant échoué à trouver la bête durant les derniers mois. On aurait aimé profiter de davantage de grandes illustrations, l’ensemble étant un poil serré en termes de découpage, mais il est difficile de bouder son plaisir face aux nombreux détails visuels, des tenues aux environnements. Ce premier tome ne surprendra pas celles et ceux connaissant bien cette histoire, mais reste très accrocheur et propose sa propre approche, donnant clairement envie de découvrir le second tome. On sait que l’histoire va monter d’un cran, et nous avons hâte de nous replonger dans la traque de la bête et de ceux qui tirent les ficelles.
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Synopsis du tome 2 : 1765. Missionné par Louis XV pour restaurer l’honneur de la couronne, François Antoine, chasseur du roi, pensait capturer rapidement la Bête qui traumatise la population de Gévaudan. Mais ce monstre insaisissable, surnommé la Mal Bête, semble défier toute logique et toute arme. D’ailleurs, est-ce bien d’une bête qu’il s’agit ? Car quelle sorte d’animal décapite, démembre et parfois déshabille ses proies ? Alors que la traque s’intensifie, plusieurs suspects sont écartés. Alors qu’on compte déjà, plusieurs dizaines de victimes, la carcasse d’un loup qu’on exhibe à Paris semble clore cette sombre affaire qui embarrasse le Roi. Pourtant, les exactions recommencent ! Désormais seul, sans le soutien du roi, François Antoine revient dans les hauteurs du Gévaudan, bien décidé à trouver les coupables ! Il sait que dans cette région rongée par la misère, la violence et les secrets, les comptes se règlent à huis clos. Ce qu’il va découvrir pourrait embraser toute la région et ébranler le royaume. Et si la Bête était le fruit d’une vengeance née dans les flammes ? La traque sanglante va bientôt le mener dans un repaire cauchemardesque où le souvenir d’un crime oublié va resurgir…

Disponible en ce mois de mars 2026 chez Glénat, « Les Griffes du Gévaudan – Tome 2 » vient conclure un récit entamé il y a un peu plus de deux ans. Cette suite nous replonge dans la traque de la célèbre Bête du Gévaudan, responsable de massacres aussi violents que mystérieux. S’ajoute à la bête la présence inquiétante d’une silhouette surnommée « le démon », qui semble l’accompagner. Si on pense parfois au Pacte des loups de Christophe Gans, la bande dessinée s’en distingue par une approche plus ancrée dans le réel, privilégiant une relecture historique plus crédible et moins portée sur le fantastique pur. Ce tome 2 se montre particulièrement dense, avec des dialogues nombreux et des personnages qui le sont tout autant. Intrigues politiques, rivalités familiales et mystères autour de la créature forment le cocktail de cette suite, toujours aussi accrocheuse. Cette richesse peut néanmoins donner une impression de lourdeur (certaines cases sont très bavardes), mais elle renforce aussi la profondeur du récit.
Visuellement, c’est vraiment superbe : les décors sont riches et les ambiances parfaitement maîtrisées, surtout lors des attaques de la bête. Les couleurs participent pleinement à cette immersion, avec des teintes tantôt froides, tantôt glauques, qui collent parfaitement à l’atmosphère. Ce second tome vient conclure l’histoire de manière efficace et cohérente. Les auteurs prennent quelques libertés avec le mythe (un mythe qui n’a de toute façon jamais été élucidé), proposant une interprétation personnelle qui pourra surprendre, mais qui a le mérite d’apporter une vraie identité à l’ensemble. « Les Griffes du Gévaudan » s’impose comme une fresque historique solide, immersive et visuellement marquante. Une conclusion réussie pour une série qui aura su nous embarquer grâce à sa richesse narrative et son ambiance particulièrement prenante.
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