Avis BD Glénat : Le Cocon (histoire complète)
« Le Cocon », signé Alexandre de Moté (au scénario) et Natacha Sicaud (au dessin et à la couleur), vient tout juste de paraître chez Glénat (le 25 février très exactement) et propose une biographie bouleversante consacrée à Judith Scott, figure majeure de l’art brut. Entre scènes touchantes et moments difficiles à regarder, l’ouvrage revient sur cette histoire marquante qui ne vous laissera pas indifférent. C’est parti pour notre avis !
Synopsis : Née en 1943 dans l’Ohio, Judith Scott est atteinte de trisomie 21 et de surdité. Dans l’Amérique des années 1950, son handicap est mal compris : jugée « inapte », elle est séparée de sa famille et surtout de sa sœur jumelle, Joyce, avec qui elle entretenait un lien profond malgré l’absence de langage verbal commun. Commence alors pour Judith une longue période d’institutionnalisation, loin des siens. Trente-cinq ans plus tard, Joyce parvient à obtenir la tutelle de sa sœur et lui offre une nouvelle vie. Installée à Oakland, Judith rejoint le Creative Growth Art Center. C’est là, à 44 ans, qu’elle découvre la sculpture textile : des objets enveloppés de fils, des formes mystérieuses et organiques qui deviennent son mode d’expression privilégié. À travers ces œuvres singulières, Judith tisse un langage propre, intime, presque thérapeutique, et se reconnecte peu à peu au monde. Aujourd’hui, elle est reconnue comme une figure majeure de l’Art Brut.

« Pourquoi tu n’es pas comme tout le monde ma Judith ? »
Née en 1943 dans l’Ohio avec une trisomie 21 non diagnostiquée et devenue sourde après une scarlatine, Judith Scott est arrachée à sa famille à seulement sept ans pour être placée en institution. Commencent alors des décennies d’incompréhension et de maltraitance : considérée comme « idiote » par des médecins incapables de poser un diagnostic juste, lourdement médicamentée, isolée, privée de dignité, elle subit des traitements inhumains, jusqu’à l’arrachement de ses dents pour l’empêcher de mordre. Une violence institutionnelle qui détruit autant la jeune fille que ses parents, et qui la tiendra éloignée des siens pendant trente-six longues années.
Mais « Le Cocon » n’est pas seulement le récit d’une tragédie, c’est aussi celui d’une renaissance. Lorsque sa sœur jumelle Joyce obtient sa tutelle et la fait sortir de l’institution, Judith découvre progressivement un espace de liberté et d’expression. L’art devient alors un refuge, puis un langage, et à travers la métaphore du cocon, la bande dessinée évoque avec finesse cette seconde naissance : une femme longtemps réduite au silence qui, par le biais de créations enveloppantes et mystérieuses, parvient enfin à exister aux yeux du monde.

L’album aborde avec des thèmes clairement marquants : la violence du regard médical et social porté sur le handicap, l’abandon institutionnel, la dignité humaine, mais aussi la résilience et la puissance salvatrice de la création artistique. Visuellement, l’ouvrage parvient à marquer également. Le coup de crayon de Natacha Sicaud donne une grande expressivité aux visages, tandis que les couleurs accompagnent les émotions, oscillant entre dureté et douceur selon les périodes de la vie de Judith. Certaines séquences, notamment celles liées à l’enfermement, frappent par leur intensité, quand d’autres laissent place à une lumière plus apaisée lors de son éveil artistique. On referme « Le Cocon » profondément touché, avec le sentiment d’avoir découvert un destin brisé puis reconstruit, et une œuvre qui ne tombe jamais dans le pathos mais touche en plein cœur. Une lecture forte et qui reste en tête.
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