Avis BD Glénat : Les Hautes solitudes : Voyage en pays Golok – Tomes 1 et 2
Si le premier tome de Les Hautes Solitudes : Voyage en pays Golok est sorti en 2024, nous n’avons découvert ce récit que cette année, à l’occasion de la sortie du second volume le 26 août dernier. Cette série de Christian Perrissin (au scénario) et Boro Pavlovic (au dessin) nous plonge dans un récit inspiré des grands voyageurs du Tibet oriental, comme Huc, Alexandra David-Néel, Bacot, Guibaut ou Liotard. On y suit François de la Grézère, un personnage fictif qui s’inspire clairement de ces grandes figures de l’exploration, dans une expédition qui nous a fait passer de l’émerveillement à la tension la plus totale. C’est parti pour notre avis !
Synopsis : Le pays golok entre Chine et Tibet – « terres inaccessibles gardées par des torrents et précipices infranchissables, peuplées de brigands qui ne quittent leurs vallées vertigineuses que pour se livrer au pillage et à la dévastation. » Ce pays d’aventures, le jeune François de la Grézère se promet de l’explorer un jour, et son frère cadet Gabriel viendra pour le protéger avec son fusil. Des années plus tard, nous les retrouvons à l’été 39 aux portes du Tibet interdit, l’un est devenu géographe ethnologue et l’autre a fait Saint-Cyr avant de se faire renvoyer de l’armée. Le rêve d’enfance comme souvent se heurte à la morne réalité : contretemps et mauvaises fortunes s’accumulent. Et quand le pays golok est en vue, la petite expédition n’est plus que l’ombre d’elle-même. Mais François s’obstine et reste sourd aux mises en garde, fussent-elles exprimées par Alexandra David-Néel en personne, sa quête est la plus forte, le prix à payer n’en sera que plus douloureux. L’ouvrage est à découvrir sur le site de l’éditeur, à cette adresse.

Depuis son enfance, François rêve d’explorer le Tibet oriental et plus particulièrement le pays des Golok, un peuple qui souffre alors d’une réputation de bandits. Il souhaite justement découvrir leurs mœurs et leurs traditions, et comprendre ce qui se cache derrière cette réputation. Il part donc avec son frère Gabriel, ancien militaire renvoyé de l’armée qui l’accompagne notamment pour le protéger, ainsi qu’avec Bao, son cuisinier chinois, sans oublier les guides, les mules et tout le nécessaire pour cette expédition. Mais évidemment, un tel voyage ne va pas se dérouler comme prévu. Météo, contexte local, malchance, chemins escarpés, mauvaises directions : les contretemps s’accumulent et rendent le périple particulièrement dangereux. Gabriel, qui a également tendance à consommer les drogues locales, n’est pas en très grande forme.
Le premier tome est extrêmement immersif et surtout très contemplatif : on suit véritablement leur pérégrination, leurs rencontres, bonnes comme mauvaises, tout en découvrant des paysages absolument magnifiques à perte de vue. Il y a cette excitation propre au départ à l’aventure, mais toujours avec une petite tension en arrière-plan, parce qu’on est très loin de chez soi et que tout peut basculer à n’importe quel moment. Quand on a marché pendant des heures avec des mules et des chevaux qui fatiguent, et qu’on se retrouve dans une impasse, faire demi-tour n’est parfois même plus envisageable. Et c’est justement cette combinaison entre contemplation, aventure et danger permanent qui fonctionne particulièrement bien. Certaines séquences mettent nos héros en grande difficulté, et on se demande bien comment ils vont pouvoir s’en sortir.

Clairement, on était très heureux de pouvoir enchaîner directement avec le tome 2 et de ne pas avoir à attendre plus de deux ans pour connaître la suite de l’histoire. Surtout que le premier se terminait sur un suspense intense, avec le thème de la relation entre frères mis en avant. Famille, regrets, obstination à réaliser ses rêves font partie des sujets forts du récit. Néanmoins, le deuxième tome change un peu d’approche. On reste évidemment au cœur de paysages magnifiques, mais on se rapproche davantage des personnages et on bascule presque dans un récit de survie et de fuite. Attention, spoiler sur le premier tome : Gabriel a couvert la fuite de François lors d’une embuscade et ce dernier ne sait pas s’il est vivant ou mort.
François trouve alors refuge dans une lamaserie où les moines le secourent, avant de commencer à se méfier de lui, car ils craignent qu’il n’attire le danger jusqu’à eux. Il est donc traqué, doit se cacher et continue malgré tout de s’obstiner dans une expédition quasi suicidaire dont les dommages collatéraux sont déjà nombreux. Et c’est là qu’intervient une autre excellente idée du récit : toute cette aventure nous est racontée à travers le journal de François, retrouvé des années plus tard. Le journal lui-même porte les traces de son périple, avec des passages effacés par l’eau et la moisissure, des pages grignotées par les rats et des croquis réalisés pendant son voyage. Cela renforce énormément cette impression de lire le véritable témoignage d’un explorateur.

Même si François de la Grézère est un personnage fictif, les auteurs réussissent tellement bien à construire son récit, son journal et son périple qu’on finit réellement par avoir l’impression d’être face à une personne ayant vécu cette aventure. Cela passe également par le découpage et la mise en page, qui intègrent les différents écrits et croquis. Le deuxième tome est donc plus resserré, plus tendu et plus proche du thriller de survie (avec des visuels plus contrastés également), là où le premier privilégiait davantage la découverte et la contemplation, mais les deux fonctionnent parfaitement ensemble. Une magnifique découverte, aussi bien pour son histoire que pour son immersion et ses dessins, qui nous donnent vraiment l’impression de voyager dans ces contrées aussi splendides qu’hostiles.
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