Avis BD Grand Angle : Les Adieux ne durent jamais (histoire complète de Jim et Laurent Bonneau)

Après le succès de L’Étreinte, Jim et Laurent Bonneau reviennent avec un nouveau récit que l’éditeur Grand Angle on nous présente comme existentiel, sensible et profondément ambitieux. Et ce dernier mot est clairement vrai, parce qu’avec ses plus de 320 pages, Les Adieux ne durent jamais, paru en juillet dernier, est un ouvrage imposant, aussi bien par son format que par ce qu’il cherche à raconter. Une ambition qui se retrouve aussi bien dans ses visuels que dans son récit, qui nous a happés du début à la fin. C’est parti pour notre avis !


Les-Adieux-ne-durent-jamais-histoire-completeSynopsis : Mattéo vient de perdre son père, Victor tombe amoureux trop vite, Lennon croit encore au pouvoir des chansons. C’est l’histoire de trois amis partis en road trip, de nuits trop courtes, de fêtes de village et de concerts ratés… Et de cette maison, surtout, qu’ils vont devoir vider. La maison du père. Les silences. Et les mots laissés sur un miroir. L’ouvrage est à découvrir sur le site de l’éditeur, à cette adresse.


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Dans Les Adieux ne durent jamais, nous découvrons trois personnages : Mattéo, qui vient de perdre son père et qui affirme pourtant, de ses propres mots, qu’il s’en fout et que cette mort ne l’a pas touché, Victor, qui tombe très facilement amoureux dès qu’il croise une jeune femme, et Lennon, qui lui est à fond dans la musique. Les trois sont d’ailleurs musiciens et font partie du même groupe, et ils décident de partir pour un road trip de plusieurs jours, notamment pour jouer de la musique, mais aussi pour se rendre dans la maison du père de Mattéo, qui vient donc de décéder. L’ouvrage met d’emblée l’accent sur ses personnages. Les trois sont très différents, mais ils sont tous les trois particulièrement attachants, et lorsqu’ils sont ensemble, les dialogues fonctionnent vraiment très bien. Ils se complètent, se répondent, se chamaillent parfois, et on ressent immédiatement cette très forte notion d’amitié qui les unit.

Une amitié qui va pourtant être régulièrement mise à mal par les réactions de chacun. Mattéo refuse par exemple d’aller dormir dans l’Airbnb réservé avec ses deux amis parce qu’il veut passer la nuit dans la maison de son père. Il veut découvrir ce qui s’est passé, comprendre cette histoire, mais aussi faire face à tous les silences qui entourent cet homme qu’il n’a finalement jamais vraiment connu. Il doit vider cette maison et se retrouve confronté à un passé familial dont il ignore énormément de choses. De son côté, Victor est toujours fidèle à lui-même : dès qu’il croise une jeune femme qui lui plaît, il peut complètement changer ses plans pour la suivre. On a notamment une séquence où il part en voiture et traverse carrément une forêt en feu. Une scène impressionnante, aussi bien visuellement qu’en termes de tension.

Et puis on a Lennon, qui vit littéralement à travers la musique. Nos trois personnages partent parfois chacun de leur côté, ce qui met leur amitié à rude épreuve, mais ils finissent toujours par se retrouver. Et c’est justement cette relation entre eux qui fonctionne particulièrement bien. Les dialogues sont vraiment savoureux, parfois drôles, parfois beaucoup plus sérieux, et on s’attache énormément à ces personnages. Mais en parallèle de ce road trip et de cette histoire d’amitié, on a surtout un véritable fil rouge autour de la mort du père de Mattéo, avec une question qui trotte dans notre tête : est-il vraiment mort ? Son père serait en effet tombé de son bateau et son corps n’a jamais été retrouvé. Mattéo commence donc à se poser des questions, d’autant plus qu’il découvre dans la maison des post-it collés sur un miroir, avec notamment cette phrase : « Je suis toujours en vie ».


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Le jeune homme va commencer à chercher des réponses sur cet homme qu’il connaît finalement très peu. Son père est parti lorsqu’il avait cinq ans, il a quitté sa famille et Mattéo a grandi avec cette absence. Et cette enquête va progressivement donner au récit une petite dimension de thriller et de suspense qui fonctionne vraiment très bien. Derrière tout ça, il y a évidemment des thèmes beaucoup plus forts. Le deuil, la famille, les relations entre parents et enfants, et notamment cette relation père-fils qui est au cœur de l’histoire. L’ouvrage aborde également les secrets de famille et cette tendance que nous avons parfois à juger les autres sans réellement connaître leur histoire, sans savoir ce qu’ils ont vécu ou pourquoi ils ont fait certains choix. Le récit est souvent parvenu à nous toucher, nous tirant même parfois une petite larme.

Visuellement, on est sur quelque chose de très réaliste, avec énormément de chaleur dans les couleurs. On retrouve principalement des teintes jaunes et marron qui correspondent parfaitement à l’ambiance de ce road trip et aux différents décors traversés. On ressent presque la chaleur qui se dégage de certaines scènes. Les visages sont également très réussis et fonctionnent particulièrement bien avec cette approche très humaine du récit. Et puis il y a cette fameuse scène de l’incendie, qui tranche complètement avec le reste grâce à ses couleurs très oranges et rouges. Encore une fois, cette séquence est vraiment impressionnante et montre toute la maîtrise de Laurent Bonneau. Mais finalement, ce qui nous a le plus marqués, c’est à quel point on s’attache à ces trois personnages. On a vraiment envie de savoir ce qu’ils vont devenir, de comprendre le passé de Mattéo et surtout de découvrir ce qui se cache derrière la disparition de son père.

Les Adieux ne durent jamais est un road trip, une histoire d’amitié, une enquête autour d’un mystérieux décès, mais surtout un récit profondément humain sur le deuil, la famille et les choses que l’on ne sait parfois jamais vraiment sur les personnes qui nous entourent. C’est sensible, immersif, parfois drôle mais surtout très touchant.


Lageekroom

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