Avis & critique BD : Neige de sang (éditions Ankama)
Dessinée par Jef et scénarisée par Rurik Sallé ainsi que Corbeyran, « Neige de sang » est une bande dessinée qui compte bien marquer le début d’année 2026. Disponible le 16 janvier prochain aux éditions Ankama, l’ouvrage est aussi beau qu’immersif, et nous embarque au cœur d’une légende japonaise aussi poétique que sanglante. C’est parti pour notre avis !
Synopsis : Japon, été 1970. Le réveil de Takashi, jeune pêcheur du port de Shikomi, sonne alors qu’il fait encore nuit… En tirant ses rideaux, il observe les villageois affolés : il est bien 9h du matin… mais le jour ne s’est pas levé ! Pire encore, la température chute brutalement et la neige se met à tomber… La situation devient critique : si la route n’est plus praticable, Shikomi sera totalement isolé. Alors que des villageois volontaires partent chercher des secours, les autres trouvent refuge dans le bar de Makiko, dont la bonne humeur réchauffe tous les cœurs. Cependant, l’arrivée de Kohei, l’ivrogne du village, va tout bouleverser… Ce dernier raconte avoir vu un cadavre bardé de coups de lame si profonds que la neige est recouverte de sang. Takashi décide d’aller voir par lui-même et constate qu’il dit la vérité… Que s’est-il passé ? Y a-t-il un assassin parmi eux ?

« Neige de sang » est un ouvrage immersif. À l’image de l’éditeur Glénat, qui démarre son année avec « Le Serment« , les éditions Ankama nous proposent également un récit sombre mais surtout profondément humain. « Neige de sang » démarre au Japon, durant l’été 1970. Un été qui devrait être placé sous le signe de la chaleur et du soleil, mais il n’en est rien : la météo est détraquée, il fait froid, la neige pointe le bout de son nez, et le jour ne se lève pas. Une nuit plus que noire s’installe, et les habitants du village commencent à s’affoler… Que se passe-t-il ? Pendant sept jours, nous allons suivre différents personnages, leurs doutes, leurs peurs, et nous attacher à certains. Le village est isolé, la seule route menant vers l’extérieur étant bloquée. L’immersion est totale (en mode huis clos, tout le monde ayant trouvé refuge au bar du village), aux côtés des différents habitants, jusqu’à ce qu’un meurtre soit commis. Le quatrième jour, un cadavre est en effet retrouvé à l’extérieur, complètement lacéré. Puis un deuxième. La paranoïa grandit, et on plonge au cœur d’une ancienne malédiction liée à des samouraïs. Les genres se mélangent, et le récit bascule pour notre plus grand plaisir (mais nous avons conscience que ce « virage » ne plaira pas forcément à tout le monde).

Comme le précise Rurik Sallé en interview : « La douleur physique, les coups de lame, on s’en remet. Mais la souffrance d’un amour brisé peut hanter pendant des siècles ». Oui, l’amour est au cœur de notre histoire, et l’ensemble se veut touchant et bien écrit jusqu’à sa conclusion, même si la dernière partie va un peu vite en termes de rythme. Visuellement, c’est superbe. L’album a été réalisé à l’encre de Chine sur papier (tout comme les couleurs, avec un poil de retouches informatiques), et les décors sont ultra immersifs et détaillés. Il en est de même pour les personnages, et pour l’ambiance en général. Les séquences dans la neige sont glaçantes, et un soin tout particulier a été apporté aux vêtements et aux armures. C’est très beau, et l’ouvrage en lui-même propose une très belle finition (couverture, papier, tranche). Malgré, comme dit précédemment, une fin un peu abrupte, « Neige de sang » est une belle réussite, visuelle comme narrative.

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