Avis : Glitchs, une BD qui résonne avec notre époque (éditions Glénat)
En découvrant « Glitchs » de J. Personne, un auteur qu’on apprécie tout particulièrement, on sent immédiatement une œuvre qui respire la génération Internet. Dans cet ouvrage disponible depuis le 18 février 2026, on retrouve pleinement le style propre à l’auteur, tant sur le plan visuel que narratif, avec une énergie singulière qui mêle BD, jeux vidéo et culture numérique de notre époque. C’est parti pour notre avis !
Synopsis : Réunionnaise, Lia a quitté son île pour la grisaille de la capitale en laissant derrière elle sa mère et sa grand-mère. Mais à Paris, la jeune étudiante s’enlise dans la précarité et la solitude… Heureusement, entre les cours et son job alimentaire, Lia a trouvé sa safe place : Internet, et plus particulièrement le speedrun, l’art de finir un jeu vidéo le plus rapidement possible. Elle ne rate d’ailleurs aucun stream de Blue Fire, célèbre runneuse sur Flammie le maudit, l’adaptation retro d’une BD culte que Lia connaît par cœur. Ce refuge numérique lui permet de s’évader autant qu’il l’isole. Pendant que la colère gronde dans les rues et que de nouvelles réformes sociales et numériques menacent la jeunesse, Lia ne lâche plus sa manette. Rivée devant l’écran, elle découvre un jour un glitch inédit, un bug du jeu qui permettrait à Blue de gagner de précieuses secondes et exploser son record… L’ouvrage est à découvrir sur le site de l’éditeur, à cette adresse.

Le récit suit Lia, une étudiante réunionnaise confrontée à la solitude, à la précarité et à l’éloignement familial dans la grisaille parisienne. Elle trouve refuge dans les jeux vidéo et les streams, et notamment auprès d’une streameuse qu’elle admire, spécialisée dans le speedrun, cette pratique où l’on finit un jeu le plus vite possible. C’est en jouant elle-même à ce jeu qu’elle aime tant qu’elle découvre un glitch (une sorte d’anomalie dans un jeu) qui pourrait aider la streameuse à battre un record. Cette découverte devient le point de départ d’une amitié virtuelle, mais aussi d’un combat personnel. « Glitchs » nous parle d’internet et de jeu vidéo, mais pas que, et l’ouvrage pose rapidement un regard critique et incisif sur notre rapport aux réseaux sociaux, sur la précarité étudiante, mais aussi sur la santé mentale et l’isolement dans nos sociétés hyper-connectées.
L’histoire fait écho à ce que beaucoup vivent aujourd’hui, se sentant dépassé par le monde réel et cherchant des repères dans les communautés en ligne. Les visuels de la bande dessinée jouent avec ces codes numériques, notamment à travers des effets pixélisés, qui rendent la lecture totalement immersive, comme si l’on scannait l’esprit de la protagoniste. Le style graphique, très moderne, fait résonner chaque illustration avec la culture visuelle du jeu vidéo tout en gardant une poésie propre à la bande dessinée.

Lia ne se résume pas à sa vie numérique : elle incarne aussi ces jeunes adultes qui galèrent à joindre les deux bouts, peinent à payer leur loyer, jonglent entre études et emploi alimentaire, et tentent de se construire dans une société en pleine mutation. Sa relation avec son colocataire, qui, lui, manifeste contre le système (et n’a clairement pas de problèmes d’argent), crée un contraste intéressant. Cette dualité donne une touche humaine à l’ensemble, rendant le personnage profondément attachant et identifiable à une génération entière. En développant ses idées liées au gaming, à la solitude ou encore à la famille, l’ouvrage met en perspective nos façons de vivre dans le monde actuel, parasité par l’omniprésence des réseaux sociaux (ces derniers sont d’ailleurs « parodiés » avec beaucoup de satire).
« Glitchs » est une œuvre qui s’ancre dans notre époque, sans la réduire à une simple critique technologique. C’est une BD profondément humaine, qui aborde avec finesse des thèmes universels : la solitude, la quête de sens, l’évasion et le lien avec autrui, même à distance. Et avec son style visuel si particulier (à commencer par les visages des personnages), elle promet d’être une lecture marquante pour tous ceux qui se reconnaissent dans ce monde où l’écran sert à la fois de refuge et de miroir.
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