TEST : Ayasa: Shadows of Silence, un potentiel bien présent gâché par son gameplay
Les développeurs d’Ayasa: Shadows of Silence citent Limbo et Inside parmi leurs principales sources d’inspiration, et en effet, difficile de ne pas penser à ces deux références lorsqu’on découvre ce jeu d’aventure, d’exploration et d’énigmes. De notre côté, nous avons également pensé à Little Nightmares avec ses créatures difformes, parfois grotesques, qui nous poursuivent et dont certaines, particulièrement imposantes, nous obligent à nous cacher. Nous avons aussi retrouvé des similitudes avec Bramble: The Mountain King, un jeu que nous avions beaucoup apprécié sur le blog, notamment pour son univers inspiré du folklore nordique, ses visuels magnifiques et son originalité. Autant dire qu’Ayasa se place dans la lignée de grands noms du genre et tente de se démarquer grâce à son univers et à des propositions visuelles intéressantes. Malheureusement, malgré ce potentiel, le jeu se heurte à un défaut absolument énorme : son gameplay.
Concrètement, nous sommes face à une aventure en 2,5D dans laquelle le joueur progresse principalement de gauche à droite, avec quelques passages où la profondeur entre davantage en jeu. Il faut explorer les environnements, résoudre des énigmes, échapper à des monstres, sauter et s’accroupir pour atteindre la fin de l’aventure, qui demande environ trois heures. Au fil de notre progression, on débloque différentes capacités, comme la possibilité de créer de la lumière pour nous éclairer dans les zones sombres, de devenir invisibles afin d’échapper à certaines créatures capables de nous tuer en un seul coup, ou encore de remonter le temps pour reconstruire un pont brisé ou reconstituer un édifice effondré afin de dégager notre passage.

Le gameplay reste donc très basique, avec des commandes simples et une narration qui repose essentiellement sur les images, les environnements et la musique. Les développeurs annoncent d’ailleurs dès le début leur volonté de raconter leur histoire à travers ces différents éléments, sans s’appuyer sur des dialogues traditionnels. Et il faut reconnaître que certaines images sont particulièrement fortes : le jeu s’ouvre sur une explosion atomique avant de nous plonger dans un monde apocalyptique, glauque et inquiétant, peuplé de créatures grotesques qui peuvent parfois rappeler les titans de L’Attaque des Titans. Visuellement, malgré le flou omniprésent et les limitations techniques, il y a de bonnes idées et un univers qui peut réellement intriguer.
Mais très honnêtement, et on s’en rend compte dès les premières minutes : le jeu est plombé par son gameplay, qu’on a qualifié à plusieurs reprises d’abominable durant nos parties. La prise en main est terrible, notamment à cause d’une inertie du personnage beaucoup trop prononcée. Notre héroïne semble flotter, les sauts sont difficiles à maîtriser et les problèmes de collision sont omniprésents. Elle peut traverser le sol, passer à travers certains murs ou se retrouver bloquée contre un élément du décor en pleine course-poursuite. Les déplacements manquent cruellement de précision, ce qui devient rapidement catastrophique dans un jeu qui repose justement sur des phases de plateforme et des séquences où la moindre erreur peut être fatale.

Le problème est d’autant plus visible que la gestion de la profondeur est loin d’être convaincante. Dès le début, nous devons traverser une planche au-dessus du vide, mais il devient très difficile de bien évaluer notre position dans cet environnement en 2,5D. Résultat : on tombe, d’entrée de jeu, à plusieurs reprises. Les phases de plateforme qui suivent ne sont guère plus réjouissantes. Si on appuie trop tôt sur le bouton de saut, notre héroïne ne parcourt pas une distance suffisante et finit dans le vide. Au contraire, si on presse le bouton trop tard, elle ne saute tout simplement pas. Nous avons subi au moins vingt fois l’écran de mort durant les quinze premières minutes de jeu ! Ce n’est pas une difficulté intéressante qui nous pousse à apprendre les mécaniques ou à mieux observer notre environnement, mais plutôt une succession d’échecs provoqués par des contrôles imprécis et une réalisation qui manque manifestement de finition. Le pire étant les temps de chargement à chaque mort, qui semblent à la longue interminables.
Le jeu se transforme alors en véritable die and retry, mais pas pour les bonnes raisons. On avance presque avec la peur au ventre, non pas parce qu’on redoute une énigme corsée ou l’apparition d’un monstre cradingue, mais parce qu’on craint tout simplement de tomber dans un trou ou de rester coincé dans le décor. Certaines créatures nous attrapent alors qu’elles semblent encore à plusieurs mètres de nous, tandis que d’autres séquences se transforment en calvaire à cause de sauts difficiles à anticiper. Même les passages qui devraient être les plus simples deviennent pénibles, et le plaisir de découvrir cet univers se retrouve constamment interrompu par les défauts techniques et les problèmes de gameplay. On ne vit pas le jeu, on le subit…

C’est vraiment dommage, car le jeu a quelques atouts dans sa manche. Son ambiance apocalyptique, ses créatures dérangeantes, sa narration visuelle et ses différentes capacités auraient pu donner naissance à une aventure courte, originale et marquante. Mais l’ensemble est tellement malmené par ses contrôles qu’on en ressort avec une énorme déception. Le jeu était déjà disponible sur PC depuis plusieurs mois avant son arrivée sur consoles, ce qui aurait dû laisser le temps de le peaufiner. Les trois heures nécessaires pour en venir à bout deviennent particulièrement longues, alors que la première heure aurait probablement pu être terminée en une vingtaine de minutes sans tous ces bugs et sauts imprécis.

Ayasa: Shadows of Silence possède un univers intéressant et quelques bonnes idées visuelles, mais son gameplay désastreux vient malheureusement anéantir une grande partie de son potentiel. Là où Limbo, Inside, Little Nightmares ou Bramble: The Mountain King parviennent à nous faire ressentir de la tension tout en proposant des mécaniques maîtrisées, Ayasa nous fait surtout craindre ses propres contrôles. La frustration prend le dessus sur l’exploration, les morts s’accumulent et l’aventure devient une épreuve plutôt qu’un plaisir. Une grosse déception, d’autant plus dommageable que le jeu aurait pu nous proposer une expérience courte, sombre et originale.
Les +
- Un univers sombre et post-apocalyptique intrigant
- Une direction artistique grotesque et des créatures qui rappellent les grandes références du genre
- Une introduction marquante avec une explosion nucléaire
- Une narration visuelle et musicale, sans dialogues
- Des capacités intéressantes, comme la lumière, l’invisibilité et le retour dans le temps
- Des inspirations prometteuses, entre Limbo, Inside, Little Nightmares et Bramble: The Mountain King
Les –
- Une jouabilité catastrophique dès les premières minutes
- Des contrôles imprécis et une inertie beaucoup trop importante
- Des sauts difficiles à maîtriser, avec une profondeur mal évaluée dans les passages en 2,5D
- De nombreux bugs de collision : personnage qui traverse le sol ou les murs, ou qui reste bloqué dans le décor
- Des morts à répétition qui transforment rapidement l’expérience en frustration
- Des ennemis capables de nous attraper à des distances parfois absurdes
- Un manque évident de finition, malgré une sortie PC plusieurs mois auparavant
- Un potentiel gâché par des mécaniques qui provoquent davantage de frustration que de plaisir
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