Avis BD : Bertille & Bertille – L’étrange Boule Rouge (récit complet)

Avec sa nouvelle bande-dessinée disponible depuis le 29 juin dernier chez Grand Angle, Eric Stalner mélange les genres. « Bertille & Bertille » est en effet un récit policier, historique, mais également de « science-fiction », avec la présence d’une boule rouge mystérieuse qui va déclencher toute une série d’événements ! Mais l’ouvrage est également profondément humain, et va nous faire découvrir un duo pas comme les autres, que tout oppose… en apparence. C’est parti pour notre avis !


Avis BD : Bertille & Bertille - L’étrange Boule Rouge (récit complet)Synopsis : Prénom pour l’une, nom de famille pour l’autre. C’est bien tout ce qui rapproche cette jeune fille de bonne famille et ce commissaire ! Ils ont pourtant un autre point commun pour le moins incongru. Ils ont tous deux assisté à l’atterrissage mouvementé d’un objet insolite. Un objet qui grossit, grossit, grossit au sens propre du terme devenant un véritable casse-tête pour le gouvernement. Tandis que nos deux personnages s’affrontent dans de réjouissantes joutes verbales, cette mystérieuse boule rouge devient une menace pour la France des Années folles. Écrasée près de Paris, et ne cessant de grandir, elle se rapproche de la capitale…


Avis BD : Bertille & Bertille - L’étrange Boule Rouge (récit complet)


Le commissaire Bertille a un sacré carafon ! Bourru, parfois agressif même, il est sous pression et doit mener à bien une enquête supervisée par le Préfet lui-même. Mais ce qui démarre comme un récit policier va rapidement changer de tournure, avec l’apparition d’une mystérieuse boule rouge, qui vient s’écraser dans une forêt près de laquelle habite notre autre personnage principal. Bertille, c’est son nom à lui mais c’est également son prénom à elle ! Cette jeune femme de 22 ans est une aristocrate qui n’a pas été épargnée par la vie, mais qui fait preuve d’un enthousiasme communicatif, qui pourrait bien briser les certitudes dans lesquelles est enfermé le commissaire. Et face à une mystérieuse boule rouge tombée du ciel, qui semble grossir encore et encore, les certitudes de chacun seront forcément mises à mal ! On suit donc les aventures du commissaire, coincé entre son enquête et l’arrivée de cet étrange objet, et de la jeune femme, curieuse et qui accepte ces événements soudains avec enthousiasme. Leur relation , forcément froide durant les premières rencontres, va évoluer, et les 2 personnages vont s’avérer touchants à leur manière.

Le récit se déroule après la Première Guerre mondiale, avec les traumatismes qui en découlent. Alors forcément, l’arrivée de cette grosse boule fait penser à un obus. Et que fait l’homme lorsqu’il est face à l’inconnu, face un élément qui chamboule son quotidien ? Il cherche à le détruire… Dynamite, bombes larguées par des avions, obus : le Maréchal Pétain envoie lui-même un obusier pour « régler le problème ». Aux grands maux les grands remèdes comme on dit… La narration est fluide et les différents axes scénaristiques se développent sans jamais perdre le lecteur. On passe donc du temps avec le commissaire lors de son enquête, près de la boule rouge avec un scientifique qui calcule à quel moment sa taille va les tuer tous, et on découvre également des moments plus intimes et humains lorsque Bertille et Bertille sont ensemble. De la tendresse se dégage de ces séquences, voire même une certaine naïveté qui fait du bien au milieu de tous ces personnages qui ne pensent qu’à détruire ce qu’ils ne connaissent pas. Le côté « science-fiction » reste léger mais est parfaitement bien géré, avec son lot de mystères et de métaphores.

En plus de sa narration fluide, de son cadre historique bien ancré et de ses personnages attachants, « Bertille & Bertille » est absolument superbe visuellement. L’ensemble est en noir et blanc (tendant parfois vers le sépia) et seule la couleur rouge est représentée, parfois pour les onomatopées, pour certains éléments du décor (rideaux, sang, robe, tapis, lampe) et bien entendu pour la mystérieuse boule. Sa présence en est d’autant plus impactante et cela lui donne une véritable personnalité. Ce style visuel, déjà découvert au cinéma ou dans le jeu vidéo (dans l’excellent The Saboteur par exemple, un GTA-like se déroulant dans Paris durant la Seconde Guerre mondiale), nous plait énormément, et Eric Stalner l’utilise avec intelligence. Au final, nous avons passé un excellent moment avec « Bertille & Bertille », récit complet accrocheur et visuellement au top, parfois mystérieux mais surtout intelligent dans les thèmes qu’il aborde. Une phrase, en fin de tome, est d’ailleurs très représentative de notre société actuelle, et revient sur la présence de la boule rouge : « les politiques trouvèrent rapidement une explication pratique. Les scientifiques une explication rationnelle. Les philosophes, une explication symbolique. Les religieux, eux, avaient déjà toutes les réponses dans la bible. Cela n’empêcha pas tout ce beau monde de s’étriper au nom de la vérité ou de la liberté de penser ». Tout est dit.


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