Avis BD Glénat : Henri Désiré Landru (format poche)
Après « Ces jours qui disparaissent » ou encore « Fukushima : Chronique d’un accident sans fin« , nous avons eu la chance de découvrir un nouvel ouvrage tiré de la collection poche de l’éditeur Glénat, arrivé le 10 juin dernier. « Henri Désiré Landru », signé Christophe Chabouté, est en effet entre nos mains, et nous devons vous avouer avoir été totalement surpris par cette réinterprétation de l’histoire du tueur en série. C’est parti pour notre avis !
Synopsis : En 1922, Henri Désiré Landru est reconnu coupable de l’assassinat de 10 femmes et d’un homme. De la fumée nauséabonde se dégageait de la cheminée de sa villa de Gambais… On y a récupéré une cuisinière dont les tuyaux avaient beaucoup servi… Malgré deux ans d’instruction acharnée, personne ne réussit à faire reconnaître ses crimes à Landru… Il n’avoua rien. Aucun cadavre ne fut retrouvé… Christophe Chabouté revisite cette période obscure de l’Histoire qui a défrayé la chronique, et où s’enchevêtrent le fait divers macabre et les séquelles d’une guerre atroce. L’ouvrage est à découvrir sur le site de Glénat, à cette adresse.

Christophe Chabouté nous a totalement pris à contre-pied, et nous avons été souvent perdus lors de notre lecture. L’ouvrage a en effet été une totale découverte pour nous, et alors que nous nous attendions à découvrir une sorte de reconstitution judiciaire, l’auteur réalise plutôt une réinterprétation romanesque et symbolique du personnage de Landru. Le véritable Henri Désiré Landru était un escroc et tueur en série qui séduisait des veuves ou des femmes seules par petites annonces avant de les assassiner. On estime qu’il a tué au moins dix femmes et un adolescent entre 1914 et 1919, avant d’être jugé et guillotiné en 1922. Mais dans le cas présent, Chabouté prend des libertés énormes avec l’Histoire, avec un Landru manipulé par quelque chose qui le dépasse, à savoir un mystérieux personnage au visage bandé. Landru est forcé à manipuler des femmes pour que cet homme leur vole leur argent… Le récit surprend, laisse parfois perplexe, mais cela rend la lecture clairement unique.

En réalité, il n’y a jamais eu d’homme mystérieux au visage bandé, il n’existe aucune preuve que Landru ait été manipulé ou contraint, il n’a jamais été le recruteur d’un autre assassin, et il n’y a aucun complot connu derrière ses crimes. Ici, l’homme bandé (apparemment blessé durant la Grande Guerre) est une sorte de matérialisation du mal, une figure de la culpabilité qui tendrait presque vers le fantastique (un thème déjà vu dans certains films). On n’est pas sur une biographie mais plutôt sur une réflexion sur la monstruosité, et cela fonctionne parfaitement. Quand on connaît un peu l’affaire historique, le décalage est grand, mais le parti-pris reste intéressant. Visuellement, l’ensemble est marquant, en noir et blanc, avec des cadrages très réussis et cinématographiques. On dévore l’ouvrage en se demandant souvent ce qui est réel et ce qui ne l’est pas, avec l’impossibilité de s’arrêter de tourner les pages. Un ouvrage aussi surprenant que déroutant…
Lageekroom
