Avis BD Glénat : Portraits de Persil (histoire complète)
Notre ouvrage du jour, Portraits de Persil, nous embarque dans un XIXe siècle totalement fantasmé. Signé Jean-Christophe Deveney au scénario et Saïd Sassine au dessin et à la couleur, l’album nous invite à suivre Lina, une jeune artiste peintre qui cherche à se reconstruire loin de la ville et de son mari, au cœur d’une forêt qui semble cacher de nombreux secrets. Disponible depuis le 16 septembre 2026, Portraits de Persil est une œuvre aussi surprenante que fascinante, dont l’univers évolue progressivement vers quelque chose de beaucoup plus étrange et sombre. C’est parti pour notre avis !
Synopsis : Dans l’Europe d’un Second Empire alternatif, Lina, une jeune artiste-peintre, se sent étouffée sous le poids du mariage et des conventions. Pour trouver un espace de création, elle décide de s’éloigner de la capitale et s’installe chez une amie, au cœur d’un immense domaine forestier. Là, elle espère retrouver ce qu’elle a perdu : l’inspiration. À mesure que la jeune femme s’enfonce chaque jour un peu plus dans les bois, elle observe cette nature sauvage, note ses subtiles variations et se laisse envoûter par ses parfums, jusqu’à ce que la forêt lui renvoie une présence, une voix, une pulsation souterraine. Quand la nature prend vie sous les traits d’un majestueux centaure fait de bois mort, Lina vacille. Cet esprit ancien, né des racines du monde, la fascine. L’ouvrage est à découvrir sur le site de l’éditeur, à cette adresse.

Portraits de Persil nous plonge dans un XIXe siècle fantasmé aux côtés de Lina, une jeune artiste peintre qui vient de fuir la ville et surtout son mari après avoir découvert ses infidélités. Elle décide de se réfugier au cœur de la nature afin de se consacrer à son art et de capter l’essence de la forêt qui entoure la demeure dans laquelle elle s’installe. Mais cette forêt va rapidement lui révéler une autre facette lorsqu’elle rencontre Persil, une étrange créature qui semble être une incarnation de la nature et qui va progressivement l’entraîner vers quelque chose de beaucoup plus fantastique et inquiétant.
Le récit évolue progressivement, comme l’explique d’ailleurs le scénariste Jean-Christophe Deveney, passant d’une histoire presque contemplative à un univers de plus en plus étrange, jusqu’à flirter avec le conte fantastique, le merveilleux façon Alice au pays des merveilles et même le body horror (un genre qu’on adore tout particulièrement mais qui peut surprendre). Cette évolution fonctionne particulièrement bien parce qu’elle ne se fait jamais brutalement, permettant à l’atmosphère de devenir progressivement plus sombre et dérangeante. Page après page, on monte d’un cran en termes d’immersion voire même d’étonnement. Portraits de Persil nous a même fait penser, à plusieurs reprises, au cinéma de Guillermo del Toro.

Derrière son esthétique presque enfantine et très Ghibli, Portraits de Persil propose finalement un récit particulièrement mature, avec une véritable réflexion autour de l’émancipation féminine, de la liberté sexuelle, du pouvoir de l’art et du rapport entre l’être humain et la nature. Les hommes sont régulièrement présentés comme une menace pour cette dernière, à travers le mari de Lina mais aussi les militaires qui cherchent à détruire la forêt, sans que le propos ne devienne pour autant trop lourd malgré un ou deux clichés.
La relation entre Lina et Persil fait également partie intégrante du récit et en devient le coeur, les deux personnages apprenant progressivement l’un de l’autre, tandis que certaines séquences oniriques et cauchemardesques bénéficient d’une mise en scène particulièrement réussie (certaines illustrations en pleine page peuvent se contempler de longues minutes). C’est surtout une véritable poésie visuelle qui se dégage de l’ensemble, avec ce contraste entre un design très doux et une histoire qui peut devenir franchement sombre. Une belle découverte, aussi surprenante que fascinante.
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