Avis & critique BD Glénat : Un flic sous l’Occupation – Tomes 1 et 2

Avec « Un flic sous l’Occupation », les éditions Glénat nous plongent dans une période sombre de l’Histoire, à travers une intrigue policière au cœur d’un Paris occupé. Le récit s’intéresse à un inspecteur français pris dans un étau : celui d’une police qui tente de faire régner un semblant de justice alors que les nazis, en coulisses, tirent les ficelles. Scénarisé par Philippe Richelle et dessiné par Jean-Michel Beuriot, l’ouvrage est disponible depuis le 1er octobre aux éditions Glénat, et il est temps de vous donner notre avis.

– Mise à jour de l’article avec notre avis sur le tome 2, disponible le 10 septembre 2026 –


Synopsis : Dans le Paris occupé des années 1940, les inspecteurs Marsac, Brunet et Mercadier enquêtent sur un double meurtre sordide. Les victimes : un couple de personnes âgées cambriolées et abattues froidement. Les circonstances de ce crime rappellent étrangement à Marsac le mode opératoire d’un tueur, Lucien Grenier, qu’il avait arrêté avant la guerre. Il ne tarde pas à découvrir que Grenier, libéré par les Allemands, mène une vie confortable à Neuilly en travaillant pour le compte de l’Occupant. Dans une France divisée, Grenier n’est pas un cas isolé. De nombreux repris de justice sont recensés dans les « officines » allemandes. Face à cette situation, certains, comme le commissaire Fleury de la police judiciaire, préfèrent démissionner. Mais pour ceux qui restent, comme Marsac et ses deux collègues la tâche s’annonce difficile.


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Soyez prévenus : plonger dans « Un flic sous l’Occupation », c’est mettre un pied dans un Paris étouffé par la peur et la méfiance, où chaque ruelle cache un secret ou une dénonciation. Ce premier tome s’intéresse à un inspecteur français qui tente tant bien que mal de faire son travail alors que la justice est devenue une notion bien relative : les Allemands ont le contrôle, les collabos veillent, et la police n’est plus qu’une pièce d’un vaste jeu d’influences. Clairement, la tension est permanente. Visuellement, la BD propose de belles choses. Le dessin est précis, réaliste, avec ce souci du détail qui rend chaque décor crédible : les uniformes, les enseignes, les rues pavées, la reconstitution est soignée et l’immersion est au rendez-vous. La palette de couleurs évoque parfaitement la grisaille de l’époque, un Paris où la lumière a bien du mal à percer. Le découpage est efficace, les visages expressifs (même s’ils diviseront à coup sûr), et certaines planches jouent habilement avec les ombres pour renforcer la tension. On est clairement dans le haut du panier en termes d’ambiance.


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Côté scénario, l’enquête démarre fort. Les premières pages posent des bases solides : un meurtre mystérieux, des personnages ambigus, et un contexte politique qui donne du relief à chaque dialogue. L’intrigue est bien ficelée et on sent une vraie volonté de coller à la complexité morale de l’époque. Cela dit, à environ la moitié de ce premier tome, les choses se densifient un peu trop. Les pistes s’entremêlent, de nouveaux noms apparaissent, et on finit par perdre un peu le fil. Disons que le récit devient un peu confus, comme si la volonté d’en dire déjà beaucoup dans ce premier tome prenait parfois le pas sur la clarté. Mais malgré cette légère perte de repères, « Un flic sous l’Occupation » reste une lecture accrocheuse, intelligente, et surtout humaine. On s’attache à ce flic déboussolé, ni héros ni lâche, simplement un homme coincé dans un système qu’il ne maîtrise plus. Entre polar noir et drame historique, ce premier tome pose des bases prometteuses pour une série qui, on l’espère, continuera d’explorer les zones grises de l’Histoire avec autant d’intensité.



Un-flic-sous-l-Occupation-Tome-02Un flic sous l’Occupation – Tome 2 : Dans le Paris occupé des années 1940, certains subissent l’oppression… et d’autres en profitent. C’est le cas de l’inspecteur Marsac. Ecœuré par l’asservissement de la police française envers l’Occupant, il devient acheteur pour le bureau d’approvisionnement de l’Organisation Todt : de quoi s’assurer des fins de mois très lucratives. Mais le hasard le remet bientôt sur la route d’une vieille connaissance : Lucien Grenier, truand sanguinaire qu’il avait arrêté avant-guerre et que les Allemands ont libéré pour en faire un auxiliaire zélé et redouté. Grenier voit en Marsac un instrument idéal et lui ordonne d’infiltrer un réseau de Résistance, avec l’arrière-pensée de le démanteler. Marsac est pris au piège. Personnage aux motivations obscures, il va naviguer entre opportunisme, instinct de survie et tentation de rachat. Plus les enjeux montent, plus les risques se multiplient.


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Le duo Philippe Richelle / Jean-Michel Beuriot n’en est pas à son coup d’essai avec notre ouvrage du jour, eux qui ont notamment travaillé sur « Amours fragiles », cette grande série historique en 9 tomes publiée chez Casterman entre 2001 et 2023. Avec ce tome 2 de « Un flic sous l’Occupation », la tension n’est pas prête de retomber, et nous avec trouvé l’ouvrage meilleur que le précédent. Dans ce Paris occupé, Marsac avance sur une ligne particulièrement dangereuse, et après avoir profité de la situation en devenant acheteur pour l’Organisation Todt, il se retrouve contraint d’infiltrer un réseau de Résistance sur ordre de Lucien Grenier, un ancien truand qu’il avait arrêté avant-guerre. Une position délicate pour notre personnage, dont les motivations restent difficiles à cerner. Est-il uniquement guidé par son instinct de survie, ou cherche-t-il à profiter une nouvelle fois de la situation ?

C’est justement une nouvelle fois cette ambiguïté qui fonctionne particulièrement bien. Marsac n’est pas un héros classique, et c’est peut-être ce qui rend son parcours et son évolution aussi intéressants à suivre. Dans une période où la frontière entre collaboration et Résistance peut parfois devenir trouble, chaque décision peut avoir de lourdes conséquences. Comme dans le premier tome, Jean-Michel Beuriot nous offre des planches qui collent parfaitement à cette période sombre de notre histoire. Le Paris des années 1940 est crédible, qu’on parle des décors (souvent en extérieur) ou des personnages. On retrouve ces visages si particuliers, parfois à la limite de la caricature, mais clairement expressifs. Tout ça sert une ambiance toujours aussi réussie, pour une BD qui demande une certaine concentration pour bien tout saisir. Les personnages sont nombreux, et il peut une nouvelle fois être facile de perdre un peu le fil, une complexité qui participe néanmoins à l’atmosphère générale, toujours aussi réussie.


Lageekroom

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