TEST : The Transference : un escape game sympathique, mais un jeu d’horreur raté
À ne pas confondre avec Transference, le jeu en réalité virtuelle sorti sur PSVR en 2018, The Transference est un jeu espagnol présenté comme un thriller d’évasion narratif à la première personne par son éditeur. L’aventure se déroule dans le nord de l’Andalousie, en Espagne, à la fin des années 1990, et on y incarne Marcos, qui se réveille piégé dans sa propre maison avec de nombreuses questions en tête. Pourquoi les portes et les fenêtres ont-elles été condamnées de l’intérieur ? Qui l’a enfermé ici, et dans quel but ? Pour le découvrir, il va falloir explorer les lieux, résoudre des énigmes et trouver des documents afin de comprendre ce qui se passe réellement. Édité par JanduSoft, un éditeur habitué aux productions indépendantes à petit budget, The Transference s’inscrit dans cette catégorie de jeux modestes, avec une mise en scène minimaliste et une réalisation qui ne fait pas de miracles. Mais ce type d’expérience peut tout à fait fonctionner grâce à ses énigmes, et c’est justement sur ce terrain que le jeu va tenter de nous convaincre.
Nous sommes donc face à un escape game au gameplay très basique, entièrement centré sur la résolution de puzzles. On commence par explorer les différentes pièces de la maison, notamment les chambres, la cuisine et le salon, avant de s’enfoncer dans le sous-sol et de découvrir un bunker qui constitue une deuxième partie de l’aventure, avec de nouvelles énigmes à résoudre. Il faut fouiller les lieux, trouver des livres, récupérer des clés, repérer des chiffres et rassembler des indices pour effectuer les déductions nécessaires. Certaines énigmes demandent simplement de trouver le bon objet, tandis que d’autres réclament davantage de réflexion, une observation attentive de l’environnement, voire quelques notes pour effectuer des calculs et recouper les informations. C’est là que The Transference se montre plutôt convaincant : ses énigmes sont globalement bien conçues, accrocheuses et suffisamment variées pour nous donner envie de poursuivre. On ressent une vraie satisfaction lorsqu’on finit par comprendre ce qu’il faut faire et qu’on parvient enfin à débloquer la situation.

L’une des énigmes qui nous a particulièrement marqués est celle de la maison de poupées. Il faut retrouver différentes figurines dans la maison, puis recouper les informations contenues dans plusieurs cassettes audio afin de comprendre comment résoudre le puzzle. C’est typiquement le genre de séquence que nous apprécions dans un escape game : il ne suffit pas de ramasser un objet et de l’utiliser sur la bonne porte (même si c’est parfois le cas quand même), il faut réellement réfléchir et établir des liens entre les différents indices. Malheureusement, toutes les énigmes ne sont pas aussi réussies. Certaines sont un peu en deçà, notamment celle qui nous propose de participer à un jeu de cartes. On comprend rapidement les règles, mais le fonctionnement nous a paru assez douteux, avec l’impression que le jeu décide parfois du résultat à notre place. Rien de rédhibitoire, mais cela reste un petit bémol dans un ensemble plutôt satisfaisant.
L’autre problème vient de la manière dont certains objets importants sont dissimulés dans les décors. Dans ce genre de jeu, fouiller chaque recoin fait évidemment partie de l’expérience, mais il faut encore que les éléments à récupérer soient un minimum visibles ou identifiables. Dans le cas présent, nous sommes parfois passés plusieurs fois devant un objet essentiel sans le remarquer. À un moment, un élément indispensable à la résolution d’une énigme se trouvait simplement par terre, dans un coin de la pièce. Nous avions pourtant déjà balayé les lieux du regard quatre ou cinq fois avant de tomber dessus presque par hasard. Même problème un peu plus tard dans le bunker, où un objet était posé sur la tranche, sur une étagère entre deux cartons. Là encore, nous avons fini par le découvrir un peu par hasard. C’est frustrant, car on passe parfois davantage de temps à fouiller les décors dans tous les sens qu’à réfléchir aux énigmes elles-mêmes.

Mais The Transference ne se contente pas de nous faire réfléchir : il cherche également à nous faire peur. Dans la maison, une créature nous poursuit, tandis qu’une autre menace nous attend dans le bunker. Sur le papier, cette dimension horrifique pourrait apporter de la tension et renouveler l’expérience. Malheureusement, ce n’est pas vraiment le cas. Les développeurs ont voulu ajouter des séquences de poursuite et de cache-cache, mais c’est clairement raté. Les créatures disposent d’animations très rigides, se déplacent parfois de manière étrange et se comportent de façon tellement maladroite qu’elles en deviennent presque risibles. Leur intelligence artificielle est très limitée, et les séquences durant lesquelles il faut leur échapper manquent clairement de finition. Pour les éviter, nous devons par exemple nous cacher dans des placards ou derrière le rideau de la baignoire, mais ces passages ne sont ni particulièrement effrayants ni vraiment intéressants.
Le jeu va même jusqu’à proposer une ou deux séquences qui ressemblent à des « combats de boss », avec une action spécifique à effectuer sur les créatures. Là encore, le résultat est mal fichu et franchement pénible. Nous avons surtout eu l’impression que ces passages n’apportaient pas grand-chose à l’aventure et qu’ils venaient interrompre ce qui fonctionne pourtant le mieux : la résolution des énigmes. Heureusement, les développeurs ont eu la bonne idée de proposer une option permettant de choisir la fréquence d’apparition de la créature. En mode classique, elle peut surgir à tout moment, ce qui nous oblige à abandonner notre puzzle en cours pour aller nous cacher, tandis que l’autre option limite les apparitions aux moments où elles servent l’histoire. La créature peut alors débarquer après la résolution d’une énigme, et il suffit de se cacher puis d’attendre qu’elle reparte pour reprendre tranquillement notre exploration. C’est cette option que nous avons choisie, et nous vous la recommandons clairement. Sans elle, ces séquences risquent de devenir vraiment pénibles.

Sur le plan technique, The Transference reste fidèle à son petit budget. La mise en scène est minimaliste, les environnements sont assez basiques et les graphismes ne cherchent pas à impressionner. Les textures restent correctes et le jeu tourne en 30 images par seconde. Ce n’est pas extraordinaire, mais ce n’est pas non plus le premier élément que nous recherchons dans ce type d’expérience. On peut donc se montrer indulgent sur cet aspect, d’autant que l’essentiel de l’intérêt repose sur les énigmes. En revanche, les animations des ennemis sont tellement raides qu’elles deviennent difficiles à ignorer, surtout lorsqu’elles sont au cœur de séquences censées nous faire peur. L’ambiance sonore aurait également mérité davantage de soin : il manque de musique et de sound design pour renforcer la tension, tandis que les voix anglaises restent correctes sans être particulièrement mémorables. L’ensemble fait le job, mais ne parvient jamais vraiment à installer une atmosphère horrifique convaincante.

The Transference est un petit escape game qui possède de bonnes idées et surtout des énigmes suffisamment intéressantes pour nous donner envie d’aller jusqu’au bout. Observer les décors, récupérer des objets, recouper des indices et prendre des notes pour résoudre certains puzzles procure une vraie satisfaction, avec quelques énigmes particulièrement réussies, comme celle de la maison de poupées. Malheureusement, le jeu se montre beaucoup moins convaincant dès qu’il cherche à nous faire peur. Ses créatures aux animations ratées, son intelligence artificielle très limitée et ses phases de cache-cache pénibles viennent régulièrement casser le rythme. Heureusement, une option permet de limiter leurs apparitions aux moments nécessaires à l’histoire, et nous vous recommandons vivement de la privilégier. Avec ses trois petites heures de jeu et sa réalisation modeste, The Transference reste donc une expérience sympathique pour les amateurs d’escape games, à condition de le trouver à petit prix et de ne pas en attendre grand-chose sur le plan horrifique.
Les +
- Des énigmes globalement bien conçues
- Des puzzles qui demandent de réfléchir, d’observer et de recouper les informations
- Une vraie satisfaction lorsqu’on parvient à résoudre les énigmes
- L’énigme de la maison de poupées, vraiment sympa
- Les cassettes audio et les documents qui permettent de faire des déductions
- Une deuxième partie dans un bunker qui renouvelle les énigmes
- La possibilité de choisir la fréquence d’apparition de la créature
- Une durée de vie d’environ trois heures, idéale pour un escape game
- Une expérience globalement sympathique pour les amateurs d’énigmes
Les –
- Une réalisation très modeste et une mise en scène minimaliste
- Une ambiance sonore trop légère, avec un manque de musique et de sound design
- Des objets importants parfois difficiles à repérer dans les décors
- Quelques énigmes moins convaincantes, notamment le jeu de cartes
- Un aspect horrifique complètement raté
- Des créatures aux animations rigides et risibles
- L’IA inexistante
- Des phases de cache-cache frustrantes qui interrompent la résolution des énigmes
Lageekroom
