TEST : The Witch’s Bakery, de la magie, des émotions et quelques fausses notes (PS5)
Après des jeux à l’ambiance particulièrement lourde comme Silent Hill: Townfall ou encore Silver Pines, le besoin de se lancer dans une aventure un peu plus cozy et douce se faisait clairement sentir. Et notre jeu du jour est arrivé à point nommé ! Il s’appelle The Witch’s Bakery et il s’agit du premier jeu du studio indépendant parisien Sunny Lab, édité par Silver Lining Interactive. Disponible depuis le 14 octobre 2026, le jeu a notamment pu voir le jour grâce à une campagne Kickstarter lancée en septembre 2024, qui a récolté plus de 315 000 euros auprès de 7 358 contributeurs, pour un objectif initial de 70 000 euros. Un véritable succès donc, dans lequel nous incarnons Lunne, une jeune sorcière qui débarque à Paris pour y ouvrir sa propre boulangerie. Mais elle possède un pouvoir bien particulier : celui de plonger dans le cœur des gens pour les aider à se libérer de leurs émotions négatives. Accompagnée d’Orio, son petit compagnon métamorphe, elle va donc devoir apprendre à gérer son commerce, se faire de nouveaux amis et découvrir les histoires de celles et ceux qui croisent sa route. C’est parti pour notre avis !
The Witch’s Bakery propose plusieurs types de gameplay, suivant le moment de la journée. De 8h à 18h, il faudra gérer notre boulangerie, préparer des pâtisseries, des viennoiseries, des pains au chocolat, des chaussons aux pommes, des éclairs, des tartes au citron et toutes sortes de gourmandises qui donnent l’eau à la bouche, afin de les vendre à nos clients. Le but est de gagner de l’argent pour aménager notre boulangerie, la décorer et l’améliorer, mais aussi pour financer différentes activités comme le cinéma, les restaurants ou le théâtre. Il faut préparer les commandes, servir les clients et nettoyer le comptoir. Certains sont plus ou moins impatients, tandis que d’autres se montrent très hésitants et changent d’avis au dernier moment, nous obligeant à modifier leur commande. Cet aspect gestion est plutôt sympathique au départ, même s’il devient vite répétitif, mais nous y reviendrons un peu plus tard.

Une fois notre journée de travail terminée, nous pouvons découvrir les différents quartiers de Paris. Et c’est vraiment sympathique ! Nous pouvons nous promener, visiter des lieux comme le musée et découvrir des environnements particulièrement jolis et détaillés. C’est également l’occasion de faire des emplettes, de participer à différentes activités permettant d’améliorer nos compétences et surtout de passer du temps avec les personnages que nous rencontrons, afin de renforcer nos relations avec eux. Il y a d’ailleurs une dimension visual novel dans tout ça : les différents personnages ont leur propre histoire et leurs enjeux. En apprenant à les connaître, en nous rapprochant d’eux et en passant du temps ensemble, nous découvrons pourquoi ils sont parfois submergés par des émotions négatives et comment nous pouvons les aider.
Le soir, notre duo à la maison pour se reposer, faire les comptes et passer par l’atelier afin d’améliorer les recettes. Là encore, différents mini-jeux nous attendent. Il faut casser des œufs, pétrir la pâte, ajouter de la farine, utiliser le rouleau à pâtisserie, découper les pommes pour préparer les chaussons ou encore couper le chocolat en morceaux. Ces activités permettent d’améliorer nos pains au chocolat, nos croissants et tout le reste, afin qu’ils nous rapportent davantage d’argent une fois vendus en boutique. Chaque produit dispose de trois niveaux d’amélioration, ce qui implique de repasser régulièrement par les mêmes mini-jeux. Et si c’est sympathique une ou deux fois, cela devient rapidement répétitif et long, surtout lorsqu’il faut prendre les œufs un à un pour les casser.
Clairement, on a surtout envie d’avancer dans les chapitres afin de découvrir les personnages ainsi que leurs histoires. Le fait de devoir gérer la boulangerie en journée, puis de refaire encore et encore les mêmes activités à l’atelier le soir, finit par devenir assez long. Le jeu se montre particulièrement chronophage pendant les six ou sept premières heures, tant nous avons envie de savoir ce qui nous attend, mais la répétitivité commence ensuite à se faire sentir. Heureusement, la progression apporte quelques nouveautés. En aidant les clients à se libérer de leurs émotions, nous plongeons dans leur cœur à travers des petits labyrinthes. Ces derniers restent assez basiques, même s’ils se compliquent légèrement au fil de l’aventure. Certains niveaux se déroulent dans la pénombre et nous obligent à trouver un moyen de nous éclairer pour repérer la sortie, d’autres comportent des cases brûlantes qu’il faut éviter ou sont balayés par des vagues d’eau dont nous devons tenir compte pour progresser.
En aidant les personnages, on améliore également notre sorcière en débloquant des capacités qui facilitent l’exploration de ces labyrinthes, comme la possibilité de traverser les vagues d’eau ou de ne plus subir les brûlures pendant un certain temps. Certains de ces niveaux proposent aussi des décors plus originaux, qui sortent du cadre habituel et apportent un peu de variété à l’ensemble. Les personnages que nous rencontrons peuvent également rejoindre notre équipe et nous apporter différents avantages. Estelle, par exemple, est une comptable qui peut faire augmenter nos revenus ou nous permettre de récupérer des points d’amélioration pour notre boulangerie.

Le jeu évolue donc pas mal durant les premières heures, avec de nouvelles possibilités qui se débloquent progressivement. Malheureusement, on finit tout de même par stagner un peu, et on a clairement envie d’accélérer les journées pour retrouver les personnages et découvrir la suite de leurs histoires. Car, sur ce point, The Witch’s Bakery possède de véritables qualités : les récits sont intéressants, les enjeux sont accrocheurs et on s’attache progressivement à celles et ceux qui nous entourent. L’univers est lui aussi très sympathique, avec une ambiance qui rappelle fortement les œuvres du studio Ghibli. On incarne une sorcière qui utilise sa magie pour aider les autres, on explore des mondes intérieurs parfois surprenants et notre petit compagnon Orio, un métamorphe, possède lui aussi ses propres pouvoirs. Ce dernier nous aide à la boulangerie et forme avec Lunne un duo assez explosif. Les deux personnages échangent beaucoup, leurs dialogues permettent de mieux comprendre leur relation et nous pouvons progressivement renforcer les liens qui les unissent. Cet aspect fonctionne plutôt bien et contribue au charme de l’aventure.
Visuellement, le jeu est vraiment très beau. La direction artistique dessinée à la main est colorée, chaleureuse et très réussie. Certains quartiers de Paris sont magnifiques, avec des rues vivantes, des restaurants, d’autres boulangeries, des fleuristeries et de nombreux petits détails qui donnent de la personnalité aux décors. Les environnements sont variés et certains niveaux consacrés aux émotions des personnages se démarquent vraiment par leur originalité. L’ensemble est très immersif et correspond parfaitement à l’aventure magique qu’on attendait. La bande-son participe également à cette atmosphère, avec de belles musiques qui accompagnent agréablement notre quotidien de sorcière-boulangère.
Malheureusement, malgré toutes ces qualités, un élément nous a totalement cassé l’immersion et nous a même presque fait à abandonner le jeu après quelques heures : certains dialogues. Il y a une forte volonté d’inclusivité dans The Witch’s Bakery, avec notamment l’utilisation du pronom « iel », une diversité de personnages, des personnes voilées dans les rues de Paris ou encore des personnages en fauteuil roulant. Et tout cela ne nous pose absolument aucun problème, bien au contraire. Le jeu vidéo a toute sa place pour représenter cette diversité, mais là où les développeurs sont passés à côté de quelque chose, c’est dans la manière dont certains personnages s’expriment.
Par moments, les dialogues sont très bien écrits, les échanges fonctionnent et certaines blagues font mouche. Mais à d’autres occasions, le jeu bascule dans un langage de rue très contemporain, avec des expressions comme « trigger » ou « wesh », qui sortent complètement de l’univers (voir dernier screen). Ce langage dénote avec l’ambiance magique et la poésie qui se dégagent des décors et des personnages, et il risque surtout de très mal vieillir car il s’appuie sur des expressions particulièrement ancrées dans notre époque. Il y a notamment un personnage qui fait des lives sur internet et s’exprime comme un jeune, mais nous avons parfois davantage l’impression d’entendre la manière dont des adultes imaginent que les jeunes parlent aujourd’hui. De quoi nous rappeler certaines publicités SFR dans lesquelles des adolescents s’expriment avec un langage qui semble déjà avoir vingt ans de retard.

C’est vraiment dommage, car ces dialogues sortent régulièrement de l’aventure et cassent une partie de l’immersion. Nous ne savons pas si les développeurs ont voulu séduire une catégorie particulière de joueurs… Le problème n’est pas la diversité des personnages ni leur manière d’être différents, mais bien certaines formulations qui semblent artificielles et en décalage avec l’univers. Nous avons poursuivi l’aventure parce que les personnages restent intéressants, que les thèmes abordés sont bons, que les décors sont magnifiques et que les musiques sont réussies. Mais certains de ces dialogues nous ont réellement gâché une partie de l’expérience, et c’est d’autant plus regrettable que le jeu possède un véritable potentiel.

The Witch’s Bakery est une jolie aventure cozy qui nous a séduits par son univers magique, sa direction artistique colorée et ses personnages attachants. On prend plaisir à découvrir les différents quartiers de Paris, à développer notre boulangerie et surtout à plonger dans les émotions de celles et ceux que l’on rencontre. L’histoire et les relations entre les personnages constituent le véritable moteur du jeu, avec une ambiance qui rappelle parfois les œuvres du studio Ghibli. Malheureusement, la répétitivité des activités finit par s’installer, et surtout, certains dialogues nous ont réellement sortis de l’aventure. Si l’inclusivité et la diversité des personnages sont tout à fait bienvenues, le langage très contemporain employé à certains moments nous semble complètement en décalage avec la poésie de l’univers, au point de casser l’immersion. C’est vraiment dommage, car le jeu possède de belles qualités et des thèmes intéressants.
Les +
- Une direction artistique magnifique, colorée et entièrement dessinée à la main
- Des quartiers de Paris variés, vivants et très détaillés
- Une ambiance cozy et magique aux accents de Ghibli
- Un univers attachant et immersif
- Orio, le compagnon métamorphe, et son duo explosif avec Lunne
- Des personnages intéressants, avec leurs propres histoires et leurs émotions
- Des thèmes touchants autour des émotions négatives et de l’entraide
- Une dimension visual novel qui donne envie de découvrir la suite
- Une boulangerie que l’on peut décorer, améliorer et développer
- Des activités variées : exploration, sorties, rencontres et mini-jeux
- Des séquences dans les cœurs des personnages qui gagnent en variété
- Des dialogues parfois très bien écrits, avec de bonnes blagues
- Des musiques qui participent à l’atmosphère
- Un jeu qui donne envie de poursuivre l’aventure pour découvrir ses personnages
Les –
- Une gestion de la boulangerie qui devient rapidement répétitive
- Des mini-jeux de pâtisserie trop récurrents, avec trois niveaux d’amélioration par produit
- Une progression qui s’essouffle après les six ou sept premières heures
- Un rythme parfois ralenti par les activités répétitives, alors que l’on veut surtout avancer dans l’histoire
- Des labyrinthes globalement assez simples, malgré quelques variations
- Des expressions « modernes » qui cassent l’immersion et qui risquent de mal vieillir
- Certains personnages qui donnent l’impression de parler comme des adultes imaginant le langage des jeunes
- Un contraste regrettable entre la poésie de l’univers et certaines de ces formulations
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