Avis BD Glénat : Le Pépère (histoire complète d’Emmanuel Moynot)
La couverture de notre bande-dessinée du jour a de quoi intriguer, avec son vieil homme en apparence normal mais qui se trouve à côté d’une grosse tache de sang sur un mur. « Le Pépère », avec son titre qui peut sembler attachant, met en effet en scène un petit papy dont la vie semble bien tranquille, jusqu’à ce qu’on découvre qu’il s’agit d’un tueur en série. C’est signé Emmanuel Moynot, disponible depuis le 15 avril, et nous avons eu la chance de le découvrir. C’est parti pour notre avis !
Synopsis : À Bordeaux, Pépère mène une vie en apparence tranquille. À un détail près : Pépère est un assassin. La première fois, il n’a pas fait exprès : la dame de l’agence immobilière est venue. Elle voulait le virer, raser sa vieille maison décrépite pour y construire un immeuble. Ça ne lui a pas plu à Pépère. Il n’était pas content, il l’a poussée et elle s’est empalée sur le grand portemanteau en fer forgé. Elle a bien mis six heures à crever. Il l’a descendue à la cave et il a creusé. En remontant, il a vu la tache de sang sur le mur. Jamais il ne pourrait retrouver le même motif de papier peint. Ça n’allait plus ressembler à rien, cette entrée… Puis ce fut au tour de la voisine et de la charmante cliente de la poste de subir le même sort. Car Pépère a pris goût au sang. Mais le jour où il croise la route de Vanessa, une punk à chien qui va de vol en racket, rien ne va se passer comme prévu ! L’ouvrage est à découvrir sur le site de l’éditeur, à cette adresse.

Présenté comme « une pépite d’humour noir » par son éditeur, « Le Pépère » est inspiré d’un récit court réalisé par Emmanuel Moynot pour un album collectif. L’auteur est donc de retour avec une version longue de son récit, préfacée par Pascal Rabaté. Une préface qui annonce la couleur : « Moynot creuse dans l’esprit humain pour traquer la noirceur. C’est un expert dans sa quête : de ses fouilles dans les trous noirs, il ne revient jamais bredouille ». Et clairement, l’ambiance est sombre, et la noirceur est présente à chaque instant. De l’humour noir sans l’humour pourrait-on presque dire, même si les dialogues très bien écrits, et souvent percutants, peuvent prêter à sourire. La narration alterne entre passé présent et entre nos deux personnages principaux : le Pépère, ce petit vieux en apparence inoffensif mais qui commet des actes terribles depuis des décennies, et Vanessa, une prostituée qui cherche à escroquer qui elle peut pour récupérer de quoi se droguer. Plus on avance dans l’histoire, plus on s’enfonce dans la noirceur de l’âme humaine, sans une once d’espoir. Clairement, l’ambiance est ultra efficace, l’alternance entre les points de vue également, et la tension monte à l’approche du dénouement.

Chaque personnage a toutefois un petit quelque chose d’attachant, mais qui s’efface assez rapidement tant les actions de chacun sont de plus en plus terribles. Et peut-on réellement avoir de l’empathie pour le Pépère lorsqu’il se fait manipuler par Vanessa, alors qu’il commet des actes atroces depuis toutes ces années. Les sensations sont paradoxales tout au long de la lecture, qui met en avant la solitude et la misère sociale. On en viendrait presque à se méfier de ses propres voisins, qui cachent peut-être de lourds secrets. « Le Pépère », en plus de proposer des visuels parfaitement dans l’ambiance (avec un choix de couleurs/teintes impeccables), s’avère clairement efficace, même si l’ouvrage n’est pas à mettre entre toutes les mains.
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