Avis BD Urban Comics : L’homme invisible

Dans la préface de notre ouvrage du jour, James Tynion IV nous explique qu’il a appris quelques années auparavant que Skybound avait acquis les droits des Universal Monsters afin de proposer des adaptations en comics de ces célèbres films d’horreur, dont certains remontent à plusieurs décennies. Le scénariste ne souhaitait pourtant plus travailler sur des personnages sous licence, mais ces monstres emblématiques, qui ont contribué à définir le genre horrifique, occupent une place toute particulière dans son cœur. Après s’être attaqué à Dracula, il s’intéresse donc à L’Homme invisible avec notre ouvrage du jour, disponible depuis le 16 octobre chez Urban Comics et illustré par Dani. C’est parti pour notre avis !


Synopsis : Jack Griffin a toujours eu l’impression d’être invisible aux yeux de son entourage… mais lorsqu’une expérience scientifique révolutionnaire lui offre vraiment la possibilité de concrétiser son rêve d’invisibilité, personne, pas même la femme qu’il aime, ne pourra se mettre en travers de son chemin. Assistez à la descente légendaire de Griffin dans la folie, tandis que son humanité s’efface peu à peu et que le monstre qui sommeille en lui se révèle, ne laissant place qu’à… l’Homme Invisible !



L’Homme invisible constitue une préquelle au film de 1933 et nous permet de découvrir Jack Griffin, le scientifique avant qu’il ne devienne la créature que l’on connaît. À cette époque, il est encore humain, travaille avec un collègue et mène ses recherches grâce au financement de son patron, dont la fille, Flora, est également sa petite amie. Griffin se lance alors dans une série d’expériences destinées à rendre ses cobayes invisibles. Il commence par des rats, puis passe à des chiens et des chats errants, avant de franchir une limite bien plus inquiétante en testant son sérum sur un jeune garçon des rues. Il découvre que l’invisibilité apparaît progressivement, mais que cette transformation s’accompagne aussi d’une rage et d’une violence grandissantes.

Un rat finit notamment par tuer tous ses congénères, un premier signe des conséquences terrifiantes de ses recherches. Mais ce qui rend le personnage intéressant et complexe, c’est qu’il n’était déjà pas quelqu’un de très équilibré avant même de devenir invisible. Jack Griffin nourrit en effet une colère profonde envers de nombreuses personnes, et presque envers le monde entier. Le titre du premier chapitre, « Vous devenez capable de tout », est d’ailleurs assez parlant : loin de créer cette noirceur, ses expériences vont surtout lui donner les moyens de laisser libre cours à ce qui sommeillait déjà en lui. Sa transformation physique devient ainsi le prolongement d’une transformation psychologique, jusqu’à faire de lui un homme de plus en plus inquiétant, paranoïaque et dangereux.



Cette préquelle prend quelques libertés avec le film original, notamment dans le traitement de Flora, dont la relation avec Griffin apparaît ici comme largement à sens unique. Le scientifique se montre froid avec elle et semble surtout profiter de sa position, puisqu’elle est la fille de l’homme qui finance ses expériences. L’histoire nous raconte donc comment il en arrive à maîtriser l’invisibilité, étape après étape, jusqu’à son arrivée dans cette fameuse auberge qui constitue le point de départ du film de 1933. Le récit possède une vraie dimension horrifique, avec des passages franchement glauques et une tension qui monte progressivement. La sous-intrigue autour du jeune garçon des rues est vraiment réussie : après avoir été exposé au sérum, l’enfant devient invisible petit à petit, sa peau disparaissant avant sa chair, jusqu’à ne laisser apparaître qu’un squelette, puis finalement ses seuls yeux. Une image aussi dérangeante que marquante !

Le garçon parvient ensuite à s’échapper, et Griffin, terrifié à l’idée qu’il puisse le dénoncer, se laisse gagner par une paranoïa grandissante. Cette course contre la montre apporte un suspense très efficace et nous permet de mesurer jusqu’où le scientifique est prêt à aller pour protéger ses recherches et ses propres intérêts. Les personnages secondaires restent parfois un peu en retrait, mais l’ensemble est bien construit et on se laisse facilement embarquer par le récit. Les dessins de Dani contribuent à cette immersion, avec des cadrages profonds, de beaux contrastes, des contours parfois épais et des décors sombres et glauques.

La mise en scène sait d’ailleurs parfaitement jouer avec les ombres et les transformations physiques pour mettre mal à l’aise. Au-delà de l’horreur, nous avons surtout apprécié les thèmes abordés et cette idée d’un homme qui était presque déjà invisible avant même de le devenir : isolé, rongé par sa colère et incapable de créer de véritables liens avec les autres. Cette préquelle est une très belle réussite, qui enrichit l’histoire du film original tout en proposant sa propre vision du personnage. Nous avons beaucoup aimé cette plongée dans la naissance d’un monstre, et nous avons désormais très hâte de découvrir les autres ouvrages de cette collection Universal Monsters !


Lageekroom

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