Avis Manga Editions H2T : Skilled Fast – Tomes 1 et 2

Nouvelle création originale des éditions H2T débutée le 20 janvier dernier, « Skilled Fast » comprendra 3 tomes qui seront tous disponibles cette année ! Derrière cet ouvrage se trouve Hachin, un jeune artiste français de 25 ans qui a un bon paquet d’idées à revendre, et qui démontre toute l’étendue de son talent à travers ce premier tome, un manga policier de science-fiction déjà très accrocheur ! Nous avons eu la chance de recevoir un exemplaire de ce tome, et il est temps de vous en parler !

– Mise à jour de l’article avec notre avis sur le tome 2, disponible depuis le 26 mai dernier –


Avis Manga Editions H2T : Skilled Fast - Tome 1 blog manga lageekroom


Un des objectifs d’Hachin et « d’interroger et stimuler la réflexion autour de sujets actuels de notre société en perpétuelle évolution », et il faut dire que le mangaka aborde ses thèmes avec justesse. « Skilled Fast », c’est un peu la rencontre entre Saw et Deus Ex. La saga cinématographique Saw nous a fait découvrir l’emblématique Jigsaw, et le tueur en série de notre ouvrage du jour en reprend certains codes. Noskill, c’est son nom, est un psychopathe qui n’hésite pas à faire dans le macabre, notamment en mettant en scène les cadavres de ses victimes, leurs cerveaux hors de leurs boites crâniennes.  Une mise en scène symbolique, la faculté de penser par soi-même et de ne plus être dépendant des Skilledfast étant au cœur du récit. Mais un Skilled Fast, c’est quoi ? Concrètement il s’agit d’améliorations installées dans la nuque des individus, qui leur permettent d’accéder à des facultés spéciales, un peu comme Néo dans la matrice. On différencie la « source », qui développe le skill grâce à ses capacités et qui peut s’enrichir en le vendant (un sportif de haut niveau par exemple), puis « l’hôte », qui se fait implanter l’amélioration pour en bénéficier. Le tueur rassemble dans une même pièce un hôte et une source, et un jeu macabre se dévoile à eux. Ils ont 3 semaines pour survivre, sachant que leur skill leur a été ôté. Notre héros, Roman, a survécu à l’épreuve et compte bien venger la mort de la personne enfermée avec lui. Nous ne vous en dirons pas plus pour ne rien vous gâcher ! Noskill possède ses propres motivations, et on peut le comprendre dans un sens. Selon lui, l’usage prolongé d’un skill rend son utilisateur dépendant, à l’image d’une drogue, et ce dernier devient incapable de pensée logique et s’enfonce dans « l’abandon de son âme ». Il fait tout ça « pour le bien » de ses victimes, une sorte de désintoxication en quelque sorte. La notion de liberté est abordée tout au long de ce premier tome. Comment parler de libre arbitre dans une société qui met en avant les porteurs de skill, et dans laquelle l’obtention d’un travail reconnu est lié à l’obtention du skill adapté ? La technologie, aussi utile soit-elle, affiche toujours certaines limites, ces dernières étant rapidement dépassées…

Le ton utilisé par le mangaka est donc sérieux, mais il n’en fait jamais trop. Ce premier tome est très passionnant à suivre, parfois bavard mais jamais ennuyeux, s’efforçant d’être toujours transparent avec le lecteur. On en apprend beaucoup sur le passé de Roman, et sa relation avec sa nouvelle partenaire Eva, chargée de l’enquête et de la traque de Noskill, commence à se développer. Leurs échanges sont intéressants, tout comme ceux entre Roman et son grand frère, toujours là pour lui apporter un soutien psychologique. D’autres personnages gravitent autour de notre duo, et certains hauts-placés auront leur rôle à jouer. Même s’il est à fond dans ses convictions, Roman devra se poser les bonnes questions. L’auteur le dit lui-même en préface : « est-ce que les individus fidèles à leurs idées trahissent forcément celles qu’ils combattent, sans jamais chercher à les comprendre ? ». A méditer ! La découverte de ce premier tome demande quoiqu’il en soit un certain investissement, et le côté réaliste des dessins immerge d’autant plus lors de la lecture. Le chara-design est parfois atypique, mais il correspond parfaitement à l’ambiance, parfois froide, de ce premier tome. On notera enfin que la couverture est magnifique, avec un effet de brillance très chouette. Seules quelques petites fautes ou lettres manquantes sont à signaler, mais rien de bien grave. « Skilled Fast » est au final un seinen d’anticipation intelligent et réellement captivant, qui n’ennuie pas une seule seconde malgré son côté parfois bavard. Mais ses dialogues sonnent toujours justes, les réactions des personnages sont crédibles, et l’ensemble dégage une ambiance parfois froide qui fonctionne bien. Le tueur en série Noskill est un sacré psychopathe, mais ses idées semblent malgré tout cohérentes, dans une société où l’humain perd jour après jour sa liberté et plonge dans l’aliénation. La technologie peut être salvatrice mais également montrer les limites de l’homme, et les thèmes abordés par l’auteur sont bien traités.


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Skilled Fast - Tome 2 avis manga critique lageekroom éditions H2TSkilled Fast – Tome 2 : n’ayons pas peur des mots : « Skilled Fast » fait partie de nos plus belles découvertes cette année, et la série de Hachin prendra fin en septembre prochain avec son troisième et dernier tome. On peut donc dire que l’on attendait avec impatience ce tome 2, qui, allons droit au but, ne déçoit pas une seconde ! La conversation entre Roman et son frère, toujours de bon conseil, a fait comprendre beaucoup de choses à notre héros, qui décide de faire face aux événements passés en visualisant la vidéo de son enlèvement le mettant en scène avec Dalila. Il découvre que les victimes ayant survécu aux mises en scène macabres de Noskill sont équipées d’un mouchard. Roman décide donc de les convoquer à la morgue pour récupérer ces fameux mouchards, et va sans le vouloir contrecarrer les plans de Noskill. Ce dernier se faisait en effet passer pour un survivant, et les événements vont prendre une tournure inattendue, prise d’otages et course-poursuite à la clé. Ce tome 2 démarre donc assez fort, avec une scène d’action dynamique et maîtrisée, puis quelques révélations importantes. Ayant frappé Noskill en plein visage, Roman va faire analyser le sang qu’il a sur les mains et découvrir la véritable identité du tueur. Ce dernier serait en lien avec Carl Steevens, chercheur et ingénieur en neuroscience, mais surtout créateur, avec sa femme Julia, des skill. Leurs motivations sont intéressantes, eux qui souhaitaient avant tout que l’être humain ne soit pas remplacé par les machines… Mais comme dans tout projet important, les investisseurs mettent leur grain de sel et l’ensemble va prendre une tournure délicate pour nos scientifiques, qui seront retrouvés morts.

Toutes ces découvertes sont capitales et l’enquête prend davantage d’ampleur. Les discussions entre Roman et Sam Harlot (qui suit cette affaire depuis ses débuts, chose que l’on découvre via un flashback) sont également très importantes et très profondes, le débat sur les skill étant au cœur des échanges. Mais ce n’est pas tout, et Hachin développe avec intelligence des thèmes forts déjà abordés dans le premier tome, liés à la médecine, la robotique, la dépendance, notre condition d’être humain mais surtout au libre arbitre. Sommes-nous réellement conscients de ce qui se passe autour de nous. Certaines phrases du journaliste sont percutantes : « il se peut que notre avenir soit encore plus dystopique qu’on l’imagine. Ce qui fait de nous des créatures de choix, d’acte et de raison, sera perdu à jamais si l’on continue d’arpenter ce chemin« . On pourra sans aucun mal faire le lien avec notre société actuelle, qui subit de profonds chamboulements… Des individus convaincus depuis leur enfance que le Skilledfast a sauvé le pays auront bien du mal à changer d’avis et à comprendre le danger que cela représente. A ce titre, les arguments de Noskill sont souvent cohérents (notamment lorsqu’il aborde la lutte des classes et la facilité pour les riches de s’équiper en skill), et le mangaka parvient à nous faire comprendre les différents points de vue sans aucun manichéisme. Rien n’est tout blanc ou tout noir, et le tout est traité avec intelligence. A l’image du premier tome, les textes sont nombreux, mais on ne s’ennuie jamais, le résultat étant loin d’être du simple remplissage. Visuellement, on retrouve la patte de l’auteur et une mise en scène parfois digne d’un film. Nous avons d’ailleurs à plusieurs reprises imaginé une adaptation au cinéma de l’ouvrage, et ça aurait vraiment de la gueule. On retrouvera juste quelques petites coquilles dans les textes (« chois » au lieux de « choix ») mais rien qui n’entache le plaisir. Ce tome 2 se termine sur un chapitre intense, qui donne envie de découvrir la suite : rendez-vous à la rentrée !


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